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Gaston Leroux, L'Epouse du Soleil (10ème épisode)

Aujourd"hui commence la publication du Livre II de L’Epouse du Soleil de Gaston Leroux. Ce Livre II fut originellement publié dans Je Sais Tout, n° 87, avril 1912, Editions Pierre Lafitte. Un résumé du précédent épisode vous est proposé:

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LIVRE II


LE PASSÉ VIVANT


L’événement était si extraordinaire que Raymond en fut presque aussi effrayé que Marie-Thérèse. Il ne trouvait rien à dire devant l’épouvante de la jeune fille. Il l’avait vue, la veille au soir, jeter le fameux bracelet dans la mer, du haut du balcon et voilà qu’au réveil l’infernal bijou brillait encore au poignet de sa fiancée !
N’y avait-il pas là de quoi troubler les plus sceptiques ?
Il se rappelait, du coup, toutes les fables dont les deux vieilles leur avaient rebattu les oreilles ; et c’est en vain qu’il essayait de repousser l’idée de la cruelle légende. Celle-ci se dressait entre eux dans toute sa hideur.
Sur ces entrefaites, le marquis et François-Gaspard, attirés par les cris et l’émoi des domestiques, entrèrent dans la chambre. Ils virent les jeunes gens muets et effarés. Christobal, redoutant quelque catastrophe, demanda précipitamment des explications qu’on lui donna. Il ne s’agissait plus de le tromper. On lui dit toute la vérité. Raymond avoua que, sur l’instigation de Marie-Thérèse, il avait endossé la responsabilité de l’envoi d’un bijou dont il ignorait l’origine, et il raconta comment la jeune fille, avant de s’aller reposer, s’était brutalement délivrée de l’anneau fatal.
Marie-Thérèse tremblait de fièvre. Son père la prit dans ses bras.
Christobal était moins frappé par le récit de cette invraisemblable histoire que tourmenté par l’état dans lequel il trouvait sa fille. Il avait toujours vu celle-ci si maîtresse d’elle-même dans les circonstances les plus difficiles, qu’une insurmontable angoisse l’étreignait à son tour en la sentant si peureuse devant ce mystère.
Quant à François-Gaspard, il répétait, enchanté au fond de la tournure que prenaient des événements destinés à fournir l’un des plus curieux chapitres de son voyage transatlantique : « Ça n’est pas possible !… Ça n’est pas possible ! »
C’était si bien possible que tout s’expliqua de la façon la plus simple et même la plus plate.
La petite Coucha rentra du marché.
Elle revenait d’Ancon et se pressait dans l’intention d’aider sa maîtresse dans sa toilette. Elle trouva la maison sens dessus dessous, et, en haut, dans la chambre de Marie-Thérèse, tout le monde réuni autour du fameux bracelet-soleil-d’or.
Alors, elle raconta, avec une naïveté enfantine, qu’en partant, à la première heure, pour le marché, par le chemin de grève, selon sa coutume, elle avait vu quelque chose briller sur le sable. Elle se baissa et ramassa le lourd bracelet-soleil-d’or, déjà à moitié enfoui. Elle reconnut le bijou pour l’avoir vu la veille, au bras de sa maîtresse, et ne douta point que celle-ci l’eût laissé glisser sans s’en apercevoir, du haut du balcon. Petite Concha, qui aimait sa maîtresse, avait couru avec joie à la chambre de Marie-Thérèse. Celle-ci dormait encore. Elle ne la réveilla point, mais lui remit l’anneau au poignet avec un soin touchant. Et c’était là toute l’histoire qui avait failli faire basculer les esprits les mieux équilibrés. Un éclat de rire général accueillit la fin du récit de Concha qui se sauva, toute rougissante, et un peu vexée.
– Nous devenons tous fous ! s’écria le marquis.
– Ce bracelet nous rendra malades ! fit Raymond. Il faut à toute force nous en débarrasser !…
– Gardez-vous en bien ! il n’aurait qu’à revenir encore ! et, cette fois, je ne répondrais plus de ma raison ! dit Marie-Thérèse qui riait, maintenant, comme les autres, et même, plus nerveusement que les autres. Savez-vous ce qu’il faut faire ? ajouta-t-elle. Il faut nous promener, changer d’air… aller faire un tour dans la montagne, montrer la sierra à Raymond et à M. Ozoux. Nous rentrons aujourd’hui à Lima. Ne rien dire à ma tante Agnès, ni à la vieille Irène qui nous monteraient encore l’imagination. Avec Raymond, j’irai faire un tour à Callao où vous nous rejoindrez. Là, je prendrai les dispositions nécessaires et donnerai mes ordres pour que les affaires ne souffrent point de mon absence. Le soir, nous prenons tous le bateau !
– Le bateau pour aller dans la sierra ! s’exclama Christobal.
– Le bateau pour Pacasmayo, cher père !
– Pacasmayo ! mais nous en sortons ! gémit l’oncle. Nous sommes restés au moins quatre heures à cette escale, en face de cette côte qui n’a rien de bien attrayant.
– Rien de bien attrayant, illustre M. Ozoux ! reprit Marie-Thérèse, vous dites : rien de bien attrayant !… Savez-vous où l’on va quand on est à Pacasmayo ?… Non, vous ne le savez pas ? eh bien ! je vais vous le dire ! on va à Cajamarca !
François-Gaspard porta la main à son cœur : Cajamarca !… l’ancienne Caxamarxa des Incas !
– Vous l’avez dit, Monsieur l’académicien.
– Le rêve de ma vie !
– Eh bien ! nous allons le réaliser, mon cher maître… et du même coup, mon cher papa, nous nous informerons du nom du mystérieux expéditeur de ce trop mystérieux bijou, puisque le bracelet-soleil-d’or nous est venu de Cajamarca même.
– Tu as raison, ma fille, approuva Christobal, il faut décidément savoir à quoi s’en tenir sur cette sotte affaire !
– Et si c’est une plaisanterie d’un de mes amoureux évincés, fit Marie-Thérèse, qui jouait maintenant avec le bracelet, je vous prie de croire qu’il me la paiera son prix ! On s’amusera un peu à Lima !
Sur quoi, elle les chassa tous de sa chambre, et appela, pour sa toilette, la petite Concha qui accourut tout juste pour recevoir une maîtresse gifle, destinée à lui apprendre à réveiller sa maîtresse, le jour où elle retrouverait un bracelet-soleil-d’or sur le sable du rivage. L’enfant, surprise de ce traitement exceptionnel, ne retint pas ses larmes. Alors, la jeune fille la gava de bonbons. Marie-Thérèse ne se reconnaissait plus. Elle eût voulu être calme ; et chacun de ses gestes trahissait sa nervosité. Surtout elle ne se pardonnait pas d’avoir eu peur.
On peut dire en principe qu’au Pérou il n’y a pas de routes et que, depuis la construction par les Incas de la voie pavée qui traversait tout le pays des confins de la Bolivie à la capitale de l’Équateur, et devant laquelle les plus grands travaux de l’époque gallo-romaine représentent une somme de travail bien insignifiante, les routes actuelles ne sont, en somme, que de véritables sentiers muletiers (Note de l’auteur : Le Pérou, par Paul Walle.). D’où la nécessité, quand on veut pénétrer dans l’intérieur du pays, de prendre la mer pour aller chercher sur la Costa l’une des lignes de chemin de fer qui, traversant les Andes, conduisent les voyageurs au cœur de la Sierra. Car le Pérou, physiquement, se divise en trois bandes parallèles à la mer, la Costa (la Côte) qui s’élève graduellement depuis le bord de l’Océan jusqu’à une hauteur de 1.500 à 2.000 mètres sur le versant occidental des Andes ; la Sierra, montagnes et plateaux, comprenant la région intra-andine dont l’altitude varie entre 2.000 et 4.000 mètres ; enfin la Montana (région des forêts) qui s’abaisse en longues pentes à l’est de la Cordillère, du côté de l’Amazone, avec une altitude décroissante de 2.000 à 500 mètres. Entre ces trois zones, tout diffère, aspect, climat et productions.
La Costa est riche ; la Sierra offre des vallées riantes et relativement chaudes ; la Montana présente l’aspect d’un véritable océan de verdure. Le plus curieux de ce curieux pays est la multiplicité de ses aspects dans un espace relativement restreint : comme, pour pénétrer dans la Sierra, il faut gravir l’une des plus hautes montagnes du monde, et cela, dans des régions équatoriales, il arrive que l’on passe quelques heures dans des contrées où les arbres de toutes les latitudes, les plantes de tous les climats se trouvent réunis et cultivés : le noyer croît à côté du palmier, la betterave tout près de la canne à sucre ; ici, un verger rempli de pommiers superbes ; plus loin un groupe de bananiers qui étalent majestueusement leurs larges feuilles. Dans cette étonnante contrée, on trouve des propriétaires qui peuvent faire servir à leur hôte, dans le même repas, de la glace ramassée quelques heures auparavant sur leurs terres, dans la région des neiges, et un limon doux, fruit essentiellement tropical que l’on vient de cueillir dans ce même jardin.
Ah ! que de notes à prendre pour François-Gaspard ! que de spectacles nouveaux ! que d’enchantements ! et quelles belles pages en perspective !… Raymond et le marquis et Marie-Thérèse elle-même riaient de son zèle d’écolier qui ne veut rien laisser perdre.

 

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A suivre dès demain dans les colonnes des Peuples du Soleil!

Commentaires

  • j'aime beaucoup la couverture du journal

  • j'ai tellement de choses que je ne me souvenais plus que j'avais ça:

    http://titanicperso.over-blog.com/article-27155608.html

    et tient moi au courant pour le PB sur le blog car renseignements pris il y a bien eu un probléme hier soir!
    merci

  • @ grande pirogue: oui il y a bien eu un problème, désormais réglé.

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