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Gaston Leroux, L'Epouse du Soleil (43épisode)

Le Blog Les Peuples du Soleil vous propose aujourd’hui le quarantième-troisième épisode du grand roman de Gaston Leroux L’Epouse du Soleil.

TOUTES LES TOMBES SE RESSEMBLENT !

Et maintenant, est-ce la tombe de droite ?… Est-ce celle de gauche ?… Ah ! toutes ces affreuses pierres se ressemblent ! Toutes ces tombes qui font le tour du temple sont pareilles !…

Cependant il ne peut y avoir une erreur nouvelle. Puisque ce n’est pas cette tombe qu’il vient d’ouvrir qui renferme Marie-Thérèse, c’est certainement celle qui se trouve à droite. Ceci est bien déterminé par l’angle de l’autel sur lequel son regard glissait du haut de la niche pour arriver au trou dans lequel on avait enfoui Marie-Thérèse. C’est sûr !… c’est sûr !… Et il s’attaqua fermement à la tombe de droite. Il recommença le même effort brutal. Il frappe ! Il frappe !… et Orellana derrière lui ! Orellana qui est plus fou que jamais depuis qu’il n’a pas reconnu sa fille, lui crie à chaque coup : Han !… Han !… Han !… comme s’il donnait le coup lui-même… Enfin, la pierre tourne… Elle vient… elle glisse dans leurs bras !… Voici le trou… Marie-Thérèse !… C’est moi, Raymond !… Réponds-moi… Et il se penche sur cette tête immobile de morte ! Ce n’est pas Marie-Thérèse ! Ce n’est pas Marie-Thérèse !…

Ah ! Dieu du ciel !… Raymond tombe épuisé et désespéré sur les dalles. Et il pousse un sanglot terrible où il a mis toute sa rage, et toute son impuissance, et toute sa révolte contre le destin… Mais déjà, de nouveau, il est debout, il est à l’ouvrage, c’est Orellana qui lui a donné l’exemple. Car déjà Orellana frappe, frappe !… Puisque ce n’est point la tombe de droite, c’est celle de gauche !… Et Raymond arrache encore la pioche des mains débiles du vieillard et il frappe furieusement le granit !… Ah ! que de temps passé déjà, que de minutes perdues… pendant qu’elle étouffe, elle, victime de leur erreur !… Frappe, Raymond !… frappe !… frappe encore !… la pierre cède sous tes coups !… Et tu vas enfin la voir, ta tragique fiancée… Tu vas la sauver… tu vas enfin la reconnaître !…

Han ! Han ! Tire la pierre à toi… encore un effort !… là !… elle est à toi, la pierre !… jette-la sur le parvis !… Regarde !… Hélas ! malheureux !… Tu ne la reconnais pas !… Ce n’est pas Marie-Thérèse !… Ce n’est pas elle !… c’est encore… c’est toujours une morte !…

Mais, pendant que tu jettes pour la troisième fois ton cri d’infernal désespoir et que tu te heurtes le front contre les murs et que tu appelles la mort pour te délivrer de cet atroce supplice, Orellana, lui, a poussé une clameur d’allégresse et de triomphe : « Ma fille ! Ma fille ! Ma Maria-Christina !… Me voilà !… c’est moi !… C’est ton père qui vient te délivrer !… » Le fou a reconnu son enfant… C’est elle, c’est bien elle, celle qui lui a été ravie il y a dix ans et qu’il cherche depuis dix ans au fond des couloirs de la nuit et dans tous les Temples de la Mort ! « Maria-Christina ! attends ! attends !… mon enfant !… Encore une pierre ! encore une pierre !… Et je te sors de ta prison !… Mon enfant ! mon enfant ! » Il pleure, il sanglote de joie, il étouffe de joie. Ses bras insensés ont repris la pioche et frappé le granit.

Mais voilà que Raymond est sur lui : « Tu perds ton temps à délivrer une morte et il y a une vivante dans ces tombes ! » Une lutte terrible s’engage entre le vieillard et Raymond pour la possession de l’outil qui reste fatalement dans les mains du jeune homme. Alors, tandis que Raymond recommence d’ébranler avec rage ces murs funèbres, le vieillard, pour le dernier effort de sa vie, parvient à tirer à lui la seconde pierre et à sortir de sa tombe le squelette enveloppé de bandelettes de sa fille chérie, de sa Maria-Christina qu’il serre dans ses bras, qu’il étreint, qu’il couvre de baisers, avec lequel il roule sur les dalles du temple, et sur lequel, après un heureux soupir, il s’endort pour toujours.

Orellana est mort, mais il a retrouvé sa fille.

 

La suite au prochain épisode!

Commentaires

  • Je vois qu'on partage le même amour de la lecture et des livres... Je découvre votre blog avec plaisir!
    Marc

  • @ Marc: merci pour votre passage :)

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