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Arnauld Pontier, Sur Mars, récit de voyage

Il est l'heure de s'enivrer!
Pour n'être pas les esclaves martyrisés du Temps,
enivrez-vous; enivrez-vous sans cesse!
De vin, de poésie ou de vertu, à votre guise.

Baudelaire, Envivrez-vous.


Je vais faire une confidence, qui n'étonnera sans doute personne: je lis tous les jours. Pas un jour sans ouvrir un livre, en tourner les pages, à m'abreuver de mots. Il y a un côté baudelairien à cet enivrement permanent mais ce n'est pas la question.

Mes lectures présentées sur ce blog sont retenues pour leur thématique (je suis loin de ne lire que des fictions mettant en scène des peuples précolombiens, je ne suis pas à ce point monomaniaque). Les livres que je lis proviennent le plus souvent de rencontres, de hasard. Pour ce qui concerne les fictions mettant en scène des peuples précolombiens mon esprit est constamment en éveil que j'arpente une brocante, rende visite à un ami bouquiniste, flâne dans une librairie,... Quelques amis nourrissent aussi par leurs envois ma manie de collectionneur.

Ce n'est pourtant pas d'une fiction précolombienne que je vais vous entretenir aujourd'hui mais d'un récit de voyage vers Mars. Ah!, se dit l'amateur de science-fiction (pensant peut-être au trajet de L'Inca de Mars), Mouef se dit l'amateur de récit de voyage, encore des élucubrations, Bof se dit l'amateur de Littérature (la vraie de vraie avec un grand L) encore de la littérature de gare.

Eh bien tout le monde a faux.

Je pourrais bien sûr souligner combien le thème de ce blog est développé dans le roman d'Arnauld Pontier, relevant les passages où le narrateur parle des pistes de Nazca, du cosmonaute maya de Palenque (p. 14, ça vous fait deux références d'un coup), ou bien quand il mentionne les sphères précolombiennes du delta du Diquis découvertes dans la forêt du Costa Rica en 1930 (p. 117) ou encore quand il contemple sur Mars la sonde Viking I et se sent comme l'explorateur découvrant "un temple inca dans une jungle impénétrable" (p. 129).

Dans ce cas, le tour de la question serait fait et le principal passé sous silence. Car le sujet de ce récit de voyage est assez éloigné du thème de ce blog.


Dans une interview donnée au site Mars & Sf , Arnaul Pontier explique pourquoi il a écrit cet ouvrage. L'auteur est un globe-trotter, dès son plus jeune âge il a vécu au Laos, en Algérie. Les éditions Nicolas Chaudun lui proposèrent d'écrire un récit de voyage: c'est donc un récit de voyage vers et sur Mars en 2016-2017. Pas de méchants Martiens, pas d'extraodinaire aventaure mais le récit de la première expédition humaine (tout à fait humaine) vers la planète rouge qui hante notre inconscient collectif depuis que le rêve lunaire a été brisé réalisé. Et c'est bien à cela que le narrateur est confronté: il a rêvé enfant, adolescent, jeune adulte de ce voyage vers Mars. La réalité est autre. Il n'est pas dans ces fascicules populaires dans lesquels apparaît Tintin,  le vrai le premier, pas celui d'Hergé, celui de RM Nizerolles né dans une première série en 1911-1913 et repris en 1935 dans Voyages extraordinaires d'un Petit Parisien dans la stratosphére, la lune et les planétes ni dans ces bandes dessinées petit format Météor, Aventures Fiction, Sidéral ou Atom Kid. Non il est sur Mars et il travaille comme géologue. Et que l'on imagine pas ces multinationales que l'on trouve dans Moon 44. Non, un scientifique. De l'anticipation. Pas de la science-fiction au sens populaire du terme, pas du merveilleux scientifique. Le rêve de Mars, de ses habitants, de ses canaux, de ses satellites-bibliothèques meurt avec l'exploration comme la route de l'ouest vers les Indes est mort avec l'Amérique. Mais si du merveilleux: les paysages martiens, la rêverie de la possibilité du voyage, de l'exploration, la frontière de l'humanité repoussée. Et de la science, cette science qui a quelque chose de Jules Verne (qu'un essayiste qualifie de Poète de la science). "Regarde de tous tes yeux, regarde!"

Et puis il y a le poids du scaphandre, des autres dans le monde confiné de Mars, le poids d'avoir à personnifier toute l'humanité qui pèse sur le narrateur. Et dans un phare du bout du système solaire, il découvre l'amour. Humain, profondément humain, le premier qui posa maladroitement le pied sur Mars... Le rêve n'est plus de parvenir sur Mars mais d'y installer une part de l'humanité. "La science-fiction précède souvent la science" (p.57)

 

pontier sur mars.jpg

 

Arnauld Pontier, Sur Mars, récit de voyage (en terre rouge),
Editions Nicolas Chaudun, Mars 2009.

Commentaires

  • Merci pour cette présentation.
    Sur le thème de Mars, on pourra aussi lire (mais il en existe tant d'autres) :
    - Voyage de Stephen Baxter (http://gotomars.free.fr/baxter.html), une dyschronie qui imagine le prolongement (semé d'embûches) du programme spacial américain et l'envoi d'une petite mission sur Mars (je n'ai lu que le premier tome).
    - La trilogie de Mars, de Kim Stanley Robinson (http://fr.wikipedia.org/wiki/La_Trilogie_de_Mars), dont j'ai préféré le premier volet, qui développe l'idée d'une implantation de l'homme sur Mars et aborde la question éthique de sa terraformation.

  • Ce livre correspond plus à mes thèmes de prédilection. Je crois que la trilogie martienne de KSR est assez ennuyeuse à lire au goût de beaucoup.
    Cet ouvrage de Pontier doit certainement mériter le détour.

  • @ Stéphane: si tu as pris du plaisir à lire la trilogie martienne, ce livre peut te plaire.

  • Je passais par là... et me trouve ravi que vous parliez de mon voyage sur Mars !
    Je m'y suis fort amusé.

    La trilogie de KSR est un monument (la version Omnibus regroupe les 3 volumes, pratique), mais elle s'apprécie sur la longueur... Elle est incontournable pour tous les passionnés de la planète rouge. D'ailleurs, il suffit d'avoir l'habitude de lire de grands/longs textes pour que, finalement, elle passe toute seule ! Un petit "Guerre et Paix" avant et hop !

  • Allez hop, c'est commandé ! Trop curieuse de lire ce récit de voyage (si l'auteur dit s'être amusé)...

  • @ Férocias : en préparant mon récit de voyage sur Mars, j'ai aussitôt pensé aux Améridiens. Pas parce que ce sont des "rouges" :-DD (tiens, je n'avais pas fait le rapprochement...), mais parce que si un contact a pu s'établir entre des terriens et des extraterrestres (?), il a pu s'établir avec cette civilisation, qui faisait preuve d'un niveau de développement mathématique et astronomique (voire architectural) étonnant au regard de l'époque. Alors pourquoi ne pas imaginer/rêver que la théorie néo-évhémérique d'Erich Von Daniken soit la bonne: des pistes d'atterrissage au Pérou, un deus ex-machina au Mexique, des billes de géant au Costa Rica (identiques à celles de Mars), etc. Un moyen d'humaniser Mars et de perpétuer le mystère de ces peuples précolombiens que nous avons écrasés ; de se dire : attention, si nous rencontrons les "Martiens", les méchants, c'est nous.

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