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Le mystérieux empire des Musus

Il est des billets dont on se dit : tiens cela va être facile à rédiger, je vais me lancer rapidement et l’affaire sera rondement menée. C’est le cas pour celui-ci. Le Coucou de Claviers parlait de l’Atlantide dans l’une de ses notes. J’ai rebondi en commentaire sur la légende des Indiens blancs d’Amazonie et l’empire des Musus promettant un billet prochain sur la question. Finalement, trouver de l’information sur les Musus a été plus difficile que prévu (Google et Wikipedia ne sont pas toujours des amis arrangeants).

Il existe donc une légende, tenace, selon laquelle des populations blanches vivraient (ou auraient vécu) dans la forêt amazonienne. Ces « Indiens Blancs » mythiques ont été recherchés par des aventuriers réels et des aventuriers de fiction. Les premiers ont toujours échoué mais les seconds ont parfois réussi à les retrouver. L’une des explications est celle de l’Empire des Musus.

Parmi les aventuriers réels, citons Percy Fawcett qui s’aventura au Matto Grosso pour rechercher le Point « Z » et Raymond Maufrais (dernier voyage en 1949, disparu en vers le 13 janvier 1950) qui voulut éclaircir le mystère de certains Indiens de la Guyane que le folklore local décrivait comme grands, blonds et vivant encore à l'âge de pierre.

De la réalité historique …

Les Musus sont connus de la chronique historique. On les trouve par exemple mentionnés dans l’article suivant :

MAIPURES ou Maypures [maï-pou'-rèss]

famille d'Indiens de l’Amérique méridionale, établie dans les districts du haut Orénoque elle comprend plusieurs tribus autrefois cannibales. Les Moxos ou Musus furent conquis par l'Inca Yupanqui et plus tard convertis au christianisme; ils étaient au nombre de plus de 30.000 lors de la destruction des missions par les Portugais en 1742

Nouveau dictionnaire encyclopédique universel illustré : répertoire des connaissances humaines. Vol. 3, FRAN-MECO / réd. par une société de littérateurs, de savants et d'hommes spéciaux sous la dir. de Jules Trousset, Librairie illustrée (Paris), 1885-1891.

Dans sa relation de l’ouvrage Voyage dans l'Amérique du Sud, Pérou et Bolivie [1] de Ernest Grandidier (1861) la revue Nouvelles annales des voyages, de la géographie et de l'histoire : ou Recueil des relations originales inédites, communiquées par des voyageurs français et étrangers ; des voyages nouveaux, traduits de toutes les langues européennes ; et des mémoires historiques sur l'origine, la langue, les moeurs et les arts des peuples, ainsi que sur les productions et le commerce des pays peu ou mal connus : accompagnées d'un bulletin où l'on annonce toutes les découvertes, recherches et entreprises qui tendent à accélérer les progrès des sciences historiques, spécialement de la géographie (ouf! voir note [2]) / publiées par MM. J. B. Eyriès et Malte-Brun on peut lire ces extraits :

« Les rivières Pinipini, Conec, Araza, Cosnipata et Tono forment le majestueux rio Madre de Dios ou Mano. Du sommet delà Cordillère d'Aeobamba.on voit ce fleuve se dérouler à perte de vue, comme un immense serpent, dans une vaste plaine couverte de forêts vierges. Tout porte à croire que la Madré de Dios n'est autre que le rio Amarumayu, que descendit l'armée, envoyée par l'Inca Yupanqui, pour aller subjuguer la nation des Musus (Moxos). Ce nom d'Amarumayu, en langue quichua, signifie fleuve du grand serpent et s'applique parfaitement à la Madre de Dios. Cette dernière dénomination est plus récente elle lui vient de ce que les Chunchos, ayant assailli l'hacienda de Cosnipata, enlevèrent la vierge Nuestra Seiiora de Candelaria et la jetèrent dans le rio Cosnipata les flots la déposèrent sur une roche, située au milieu du fleuve, où elle fut trouvée par les chrétiens qui vinrent tirer vengeance du massacre de leurs frères.

« On lit dans Garcilasso que l'Inca Yupanqui, dixième empereur du Pérou, envoya une armée de dix mille hommes à la conquête du pays des Moxos et que cette expédition s'embarqua sur le rio Ama-rumayu les détails qu'il donne sur ce fleuve à cette occasion conviennent de tout point au rio Madré de Dios. (p. 228-229) »

Ces Musus sont donc aussi les Moxos ou encore les Mussu mentionnés par les récits des conquistadors.

Pourtant, ce peuple défait avant la conquête va ressurgir dans la légende…

…A la légende…

Plusieurs thèses affirment que l’Atlantide se trouvait dans les Andes. On en trouve les traces (des thèses, pas de l’Atlantide) dans quelques vidéos qui justement usent du mot « Musus » comme celle-ci :

…Et à travers quelques fictions d’Henri Vernes…

C’est par exemple Bob Morane qui se lance sur les traces de Fawcett en 1954 dans Sur la Piste de Fawcett (Bob Morane, n°3). Il ne découvre pas l’explorateur mais une cité à laquelle on accède par une voie pavée. Il n’aura que le temps de recueillir les dernières paroles du dernier descendant des Musus.

Henri Vernes (scenario) et Dino Attanasio (dessin) proposent en 1956/1957 une bande dessinée, Fawcett, Le Naufragé de la forêt vierge, dans les pages de Femmes d’aujourd’hui (n°593-634, 27/09/1956-juillet 1957)[3] dans laquelle les Musus sont évoqués. Cette civilisation prétendument très ancienne voit ses vestiges représentés sous des formes aztéco-mayas. Ici se mêle origines toltèque et atlante.

A Rio de Janeiro, en 1914, Fawcett aurait découvert un manuscrit portugais rédigé en 1753 par Franscico Raposo parlant de la fabuleuse capitale des Musus. Ces Musus auraient une origine toltèque...

 

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Raposo aurait découvert leur ancienne capitale...

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Fawcett, possédant une statuette d'origine inconnue donnée par le romancier Rider Haggard (auteur entre autre de la saga Allan Quatermain), croit en ce récit.

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Il montre la statuette à des psychométristes qui attestent de l'authenticité et de l'ancienneté de l'objet. Et là apparaît un lien possible avec l'Atlantide!

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Fawcett cherchera et ne rapportera jamais la preuve de l'existence de cette ville mythique... En Guyane Raymond Maufrais disparaîtra tragiquement...

Pour ne pas conclure (et laisser la fiction continuer à nous faire rêver)

Il y a peu de temps, je mentionnais les découvertes d’une civilisation « inconnue » dans le Haut Xingu (là, justement où Fawcett menait ses recherches)… Alors : et si ? [4]

 

 

[1] Ben oui cet ouvrage a été évoqué sur ce blog, vous croyez que je ne bosse pas mes dossiers ou quoi? (-:

[2] Le titre de la revue était trop beau pour ne pas être cité in extenso.

[3] Fawcett, le naufrage de la forêt vierge est repris dans L’intégrale Bob Morane, n° 22, Editions Miklo/Ananké, 2006. Notons que la bande dessinée fut aussi rééditée dans Reflets (la revue du Club Bob Morane) n° 14 à 24 (juin 1990-décembre 1992).

[4] La conjecture romanesque rationnelle part d’ailleurs de cette simple question : Et si ?

Commentaires

  • Quel boulot, mon cher! Après ton allusion à ces Musus, l'autre fois, je me suis souvenu qu'il est question d'indiens blancs, évoqués dans un bouquin sur les peuples amazoniens. Peut-être s'agit-il d'un texte d'ethnologue, "Yanoama" d'E. Biocca, ou "Le cercle des feux", J. Lizot. Ou alors un essai: "La paix blanche", R. Jaulin ; "Le massacre des indiens", L. Bodard (plutot du journalisme)… Je ne sais plus lequel, et j'ai mollement pensé à chercher, mais sans me lancer.

  • @ Le coucou: Les Indiens blancs font partie des croyances en Guyane (comme les hommes aux pieds retournés d'ailleurs).
    Pour les Indiens blancs il y a aussi les thèses de Jacques de Mahieu (les Vikings ont donné la civilisation aux Aztèques puis sont descendus jusqu'au bassin de l'Amazone) qui sont du "celtisisme" (ça se dit?) et ont été reprises par certaines franges de l'extrême-droite. Les Incas (la dynastie, pas les Quechuas) seraient des Vikings/Celtes de race pure (d'où la nécessaire consanguinité des Incas). Mais bon si l'auteur s'est réfugié en Argentine après la Seconde Guerre Mondiale, ce n'est pas pour le climat hein!
    Bizarrement, Jacques de Mahieu fait débarquer en Amérique du Sud les Troyens (oui ceux de l'Antiquité), les Vikings et les Templiers...

  • Là on entre de plein pied dans la tradition un peu fumeuse des "grands anciens" —mais il faut noter que pendant longtemps, attribuer aux Vikings la découverte de l'Amérique a fait ricaner, à tort.
    Quant aux indiens blancs dont je parlais, il s'agit me semble-t-il, de propos tenus par des tribus amazoniennes à des ethnologues. Ces derniers ne les ayant pas vus…
    (Je connais "celtisme", mais pas celtissisme"

  • cet article est très intéressant!

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