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Désiré Charnay, A travers les forêts vierges, aventures d'une famille en voyage

charnay, a travers les forets vierges illustrations.pngClaude-Joseph Le Désiré Charnay qui signe plus simplement Désiré Charnay est l’un de ces nombreux explorateurs-littérateurs du XIXe siècle. Né en 1828 à Fleurieux-sur-l’Arbresle (Rhône), il mène plusieurs expéditions archéologiques au Mexique sur les traces des civilisations précolombiennes au moment de l'intervention française.
Il rapporte notamment un album photographique Cités et ruines américaines publié en deux volumes en 1862-1863. Il part ensuite à Java, Madagascar ou encore en Australie mais revient régulièrement au Mexique.
Il publie plusieurs ouvrages consacrés à ses découvertes qui lui inspirent quelques fictions : Une Princesse indienne avant la conquête, roman historique, Librairie Hachette, 1888 ; A travers les forêts vierges, aventures d'une famille en voyage, collection Bibliothèque des Familles et des Ecoles, Librairie Hachette, 1890. Il meurt en 1915 à Paris.

Dans A travers les forêts vierges, aventures d'une famille en voyage, les lecteurs découvrent l’Amérique Centrale à travers les yeux de jeunes gens, leurs aventure servant à présenter aux lecteurs de nombreuses pages à visée didactique.

Sulpice Acaria est un jeune et généreux naturaliste qui occupe la fonction de précepteur auprès des enfants de M. Frémond veuf depuis peu. M. Frémond emmène sa famille en voyage : « Il voulait donc que ce voyage, en même temps qu'utile à ses affaires, se transformât, avec l'aide de Sulpice, en un cours pratique d'histoire naturelle pour ses enfants, qui arriveraient à Mexico l'esprit meublé des connaissances les plus diverses de la mémoire pleine de souvenirs intéressants. »
Dans le premier tiers du roman, Sulpice et les enfants, dont l’aîné François est surnommé Pancho, explorent les ruines de la ville de Lorillard
Le sacrifice humain pratiqué par les anciens Toltèques que nous présente l’auteur est certes sanglant mais n’atteint pas la cruauté raffinée de la cardiectomie des Aztèques :

"Par un hasard singulier, Sulpice se trouva tout de suite en pays de connaissance ; versé comme il l'était dans l'histoire religieuse des Indiens d'autrefois, il reconnut immédiatement dans ces bas-reliefs les représentations de l'un des cultes les plus répandus chez les nations américaines. Le culte de Quetzalcoatl ou de Kukulcan, le dieu de la sagesse ; il en avait trop souvent lu les définitions pour pouvoir se tromper. Le dieu avait toujours été représenté par un grand serpent couvert de plumes au lieu d'écaillés, et à tête humaine.
Son culte consistait en certaines cérémonies barbares, où ses prêtres en grande pompe se traversaient la langue en son honneur avec d'énormes bâtons ou des cordes garnies d'épines. Or le bas-relief du linteau en place offrait l'image d'un serpent emplumé à tête humaine, et, sur celui qui était par terre on voyait un personnage à genoux, vêtu d'un costume merveilleux, la tête couronnée d'une mitre, qui se passait au travers de la langue une grosse corde garnie d'épines, tandis qu'un autre homme debout, également couvert d'un riche costume, imposait à l'officiant une grande palme verte et semblait l'encourager dans son effroyable sacrifice.

Sulpice, glorieux de sa découverte, expliquait tous ces détails à Pancho et lui faisait voir comment parfois, grâce aux circonstances, aux documents, à quelque savoir, on pouvait reconstruire une civilisation et rétablir l'histoire d'une ville morte. Ces deux découvertes rattachaient évidemment la ville Lorillard aux villes et à la civilisation anciennes des hauts plateaux, puisqu'on y rencontrait non seulement des édifices semblables à ceux qu'élevaient autrefois les Toltecs, mais encore la représentation de leurs cérémonies religieuses ayant trait à leurs divinités les plus célèbres, Tlaloc, le dieu de la pluie et de l'abondance, et Quetzacoatl, le serpent emplumé, le dieu de la sagesse.
« Mais, objecta François, dans quel but ces malheureux se mutilaient-ils?
— Pour se rendre leurs dieux favorables.
— Et tu ne trouves pas cela stupide et abominable?
— Absolument, mon ami; seulement il faut te rappeler que les populations qui se livraient à ces affreuses coutumes n'étaient qu'à demi civilisées.
— Et puis, tu te trompes peut-être, Sulpice.
— Impossible de me tromper, car tous les historiens nous parlent, de ces barbares cérémonies; Lancia, Sahagun, Torquemada, ce dernier surtout nous raconte comment on ouvrait la langue des patients avec une lame d'obsidienne et comment chacun d'eux faisait passer au travers de l'ouverture jusqu'à cinq cents bâtons taillés à cet effet et dont quelques-uns dépassaient la grosseur du pouce.
— Ils pouvaient en mourir.
— Non, le fanatisme leur prêtait une force surhumaine et les plus vieux chantaient au contraire pour narguer la douleur et, encourager leurs compagnons novices.


Désiré Charnay, A travers les forêts vierges, aventures d'une famille en voyage,
La Bibliothèque des Familles et des Ecoles, Libraire Hachette et Cie, 1898 (3e édition), pages 87-91


Pour en savoir plus sur Désiré Charnay: un billet publié sur le blog Netlex Focus à l'occasion de l'exposition du musée Branly Le Yucatan est ailleurs consacrée aux photographies de Désiré Charnay. Le catalogue de cette exposition a été publié par Actes Sud:
Christine Barthe, Le Yucatan est ailleurs Expéditions photographiques de Désiré Charnay, éditions Actes Sud, 2007.

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