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Alain Dancourt, L'amoureux des Vignes Rouges [Harlequinades 2010]

harlequinades 2010.jpg« Comble de la perversité intellectuelle ?
Transformer une lecture de consommation en une lecture de dégustation.
Ne pas oublier de façon générale que toute consommation
peut être source de dégustation. »
(Jean-Claude Vareille, Le Roman populaire français, p 302)

Participer au challenge Harlequinades avec un de ces petits romans que j’aime à faire resurgir des limbes d’une histoire littéraire oublieuse d’une masse d’écrits qui ont le tort d’être destinés à une lecture de consommation est un bon exercice d’archéologie littéraire.

 

De plus, écrire un premier billet (il y en aura d’autres) harlequinesque en s’appuyant sur un fascicule de la Collection Fleur Bleue aux Editions de Lutèce est un gage de qualité. L’expression ne vient-elle pas du roman inachevé Henri d'Ofterdingen de Novalis dans lequel il évoque la légende d'un trouvère médiéval qui, parti à la recherche d'un idéal, découvre la fleur bleue symbole de la poésie ? Si ça ce n’est pas de la référence littéraire ! Et puis Lutèce / Paris sera toujours Paris / Lutèce , la ville des amoureux.

Enfin, cette superbe jeune femme permanentée à quelque chose d’Edith Piaf et ce bellâtre gominé de Luis Mariano. Les personnages représentés sur les couvertures modernes d’Harlequin peuvent aller se rhabiller (c’est le cas de le dire).

Alain Dancourt est l’auteur. regardez sur l’image son nom est inscrit sous le titre et comme l’écrit Gérard Genette : « le nom de l’auteur sous le régime de l’onymat est celui d’un responsable putatif, quel que soit son rôle effectif dans la production de l’oeuvre, et une éventuelle enquête de contrôle n’est aucunement du ressort du paratextologue » (Seuils, p. 40-41) (en gros ça veut dire que je n’ai pas vérifié s’il s’agissait d’un pseudonyme ou pas).

Et puis un roman qui commence ainsi :

« Le village indien était bâtit [sic] au bord d’un rio de l’Amazonie » (orthographe garantie d’origine) ne pouvait qu’être évoqué sur ce blog.

Malheureusement seul le premier chapitre se déroule en Amérique du Sud, le héros, beau jeune homme raisonnable, bien élevé tout ça comme il se doit ayant le projet de retourner auprès de son père. Malheureusement son père est mort.

Malheureusement le fils est victime d’une usurpation d’identité.

Malheureusement la fille de l’intendant du domaine, amoureuse depuis des années de Jean (c’est le prénom du héros) découvre un jeune maître insolent, cupide et… marié.

Malheureusement l’usurpateur en veut aux charmes de Rosemarie (c’est le prénom de la fille de l’intendant.

Et bien sûr tout cela finit heureusement avec un félon démasqué, un Jean qui peut reprendre sa place et une Rosemarie qui a toute sa place dans la vie de Jean au château des Vignes rouges ! (et qui repartira pas pour de nouvelles aventures sud-américaines : il a mieux à faire comme se marier, faire fructifier le domaine familial et rendre heureuse son épouse, Rosemarie, qui a bien souffert).

Comme j'ai cité la première phrase, il me faut maintenant conclure avec cette superbe envolée lyrique qui clôt le roman: "-Jamais les Vignes-Rouges n'auront eu de plus gracieuse châtelaine"

dancorut l'amoureux .jpg

Alain Dancourt, L'Amoureux des Vignes-Rouges,
Collection Fleur Bleue n°40, Editions de Lutèce, 1948

 

Commentaires

  • comme quoi le paradis est en Amérique du Sud ;)
    je ne participe pas cette année : je résiste vaillamment à l'appel de l'Amooooour :)

  • @ Lhisbei: en même temps l'Amazonie, ses Jivaros et ses piranhas ce n'est pas forcément la destination idéale pour les vacances :)

  • J'ADORE les références.... belle étude ... mais bizarrement j'ai plus envie de lire l'essai de Jean-Claude Vareille plutôt que le roman de ce cher monsieur Dancourt...

  • @ George: JC Vareille a beaucoup oeuvrer pour la reconnaissance de ce pan entier de la littérature qui n'a jamais été légitimé. Je n'ai pas d'a priori quand j'ouvre un livre. Ces petits fascicules ont eu des lecteurs (des lectrices souvent) auxquels ils ont donné du plaisir, des moments d'évasion. Ce patrimoine disparaît peu à peu car il n'est pas collecté par les bibliothèques. Ne restent que les collectionneurs et quelques institutions ou associations qui les conservent...

  • Ah oui, la couverture que tu as trouvé est encore plus moche que la mienne, pourtant je pensais avoir fait fort!

    Excellente ton analyse!
    Je me régale à aller de blog en blog à la recherche des Harlequinades.

  • Superbe cette critique !
    Le roman, bien que semblant dater un peu, me semble aussi consistant que ce qui se fait encore de nos jours !

    Comme quoi, la littérature de consommation a de beaux jours devant elle ;)

  • @ Dup: Cette couverture n'est vraiment pas terrible. Les tâcherons de toutes les époques se valent mais il existe de vrais talents dans l'illustration des couvertures des oeuvres ressortissant de la littérature populaire.

  • @ Wal: Attention ici l'auteur ne s'étale pas sur 180 pages, c'est un fascicule d'une trentaine de pages. Merci de ta visite en tout cas!

  • Je vole de billet en billet (c'est ma seule participation cette année) et il me semble que tu es le seul "mâle" à avoir tenté l'aventure, alors Bravo!

  • @ keisha: je propose un vote par sexe. Ah j'ai gagné? Eh ben merci :D

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