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André Mas, Les Allemands sur Vénus [summer star wars]

summer star wars.jpgAndré Mas. Voilà un nom qui ne doit pas dire grand-chose à grand monde. Il eut pourtant son moment de célébrité quand il proposa l’idée avec Drouet d’une fronde pour propulser un engin dans l’espace. Il est d’ailleurs cité dans divers ouvrages traitant de l’histoire de l’astronautique, comme « L’Astronautique » d'Alexandre Ananoff.

« Lorsque les inconvénients du canon furent établis, en particulier le problème de l’accélération du départ, certains auteurs et savants eurent l’idée d’atteindre de manière graduelle la vitesse de libération, à l’aide d’une accélération supportable mais continue. Plusieurs solutions virent le jour. Mas et Drouet utilisèrent une roue de 80 mètres de diamètre amenée à une vitesse de rotation de 65 tours par seconde. Ce qui donne une vitesse tangentielle de 16000 mètres par seconde. A ce moment, il suffisait de lâcher un projectile qui irait droit dans l’espace. Les chercheurs avaient même calculé la puissance du moteur nécessaire: 200 chevaux (env. 150 kW, à comparer au 110 000 000 kW que développait Saturne 5 !). Un tel projet faisait l’impasse sur la résistance de l’atmosphère, qui aurait empêché tout départ de la cabine. Mais bien avant, la construction de la roue aurait donné des cauchemars au meilleur des ingénieurs mécanicien, la force centrifuge disloquant le bel ouvrage avant que la vitesse requise ne soit atteinte. D’autre part, en supposant ces difficultés résolues, cela ne changeait rien pour les passagers, qui seraient morts de toute façon, écrasés par la force centrifuge. »

Ce principe de la fronde spatiale est repris, par exemple, dans Voyage de cinq Américains dans les planètes, roman d’Henry de Graffigny publié en 1925.

Mas bénéficie d’un article dans l’Encyclopédie de Pierre Versins et y est cité à plusieurs reprises. A son époque divers moyens ont été imaginés pour quitter l’attraction terrestre : l’obus de Jules Verne (dont nous connaissons les dangers), la cavorite d’HG Wells (substance opaque à la gravité, toujours pas découverte) ou bien la projection sur Mars grâce à l’énergie psychique de milliers de fakirs (Le Prisonnier de la planète Mars de Gustave Le Rouge), etc.

André Mas propose donc une roue géante qui, grâce à la force centrifuge, est capable de projeter une fusée habitée vers le Lune, vers Mars ou même Vénus. Elle est construite par les Allemands qui, fort organisés, ont érigé une ville entière destinée à devenir une sorte de port spatial. Rosenwald, Hauchet et Von Reinhardt s’installent à bord d’une cabine capitonnée et attendent que la roue donne assez de vitesse à l’ensemble. Pendant ce temps, ils déjeunent, boivent le café et fument le cigare ! Heureux temps ! Les voilà partis et quand ils atteignent 20.000 km, ils fêtent l’événement avec force bouteilles. Ca c’est du space apéro opera bien plus engageant pour le commun des mortels qu’Asimov, Heinlein et consorts.

Pour évacuer déchets et reliefs de repas, la fusée est équipée d’un « tout à l’espace » (authentique!), Mas a le sens pratique. Il a aussi conscience de certaines réalités qui échappent à nombre de romanciers (il était scientifique rappelons-le) comme l’ivresse de l’espace : »quoi qu’ils fissent, leur cerveau travaillait et ils furent bientôt comme des mangeurs de haschich ». Remis de leur émotion, les voici arrivés sur Vénus. C’est une planète sœur de la Terre avec son atmosphère, ses mers, ses montagnes et ses rivières. On y trouve une faune et une flore qui sont à un stade d’évolution inférieure à celui de la Terre. Les humanoïdes batraciens rencontrés ont aussi un million d’années de retard. Les futurs maîtres de Vénus sont bien les hommes et non ces pauvres « batracanthropes ».

Peu après les premiers colons terriens arrivent et une conférence internationale règle pacifiquement le partage de l’univers. Mas est germanophile, nous sommes en 1913 ou 1914, ça passe encore – c’est d’ailleurs peut-être bien pour cela que l’ouvrage est tombé dans l’oubli après la Première guerre mondiale – et ce sont les Allemands qui se taillent la part du lion.

Le roman ne manque pas d’intérêt car André Mas, dans la partie préparation du lancement puis voyage à travers l’espace, pose un certain nombre de question sur les réactions humaines lors d’un voyage au long cours à travers l’univers. Si les réponses sont bien évidemment datées et scientifiquement dépassées, il n’en reste pas moins que les questions de coexistence dans l’espace d’un petit nombre d’astronautes pour un long trajet (on pense au voyage vers Mars) ou bien celle, plus politique, de la prise de possession des planètes atteintes restent d’actualité. Comme quoi le space opera nourrit aussi la réflexion sur la découverte (la conquête ?) de notre système solaire…

 

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André Mas, Les Allemands sur Vénus, réédition Apex, 2004,
tirage limité à 250 exemplaires
(ouais, ça change des tirages d'Asimov, Heinlein, Vance,.. :p)

Commentaires

  • pas mal pas mal ! du proto space op' je suis impressionné là :)

  • @ Lhisbei: dans un prochain billet, je ferai encore plus ancien :)

  • C'est rigolo, je me rappelle avoir divagué sur une idée semblable, un jour que je faisais de manière répétée un long trajet. J'imaginais des sortes de canons propulseurs de véhicules (pas de simples bagnoles, hein) pour nous envoyer d'une grande ville à l'autre...

  • Cette technique de propulsion utilisée comme tu le fais si bien remarqué par Drouet a suscitée la rédaction d'un ouvrage en collaboration avec André Mas et intitulé "Vers les autres mondes".André Mas fut l'auteur également d'au moins deux romans qui nous intéressent particulièrement : "Sous leur double soleil des Dryméennes chantent" et "Dryméa monde de vierges" et qui abordent le thème des civilisations disparues.
    Le roman de Mas est assez symptomatique de cette époque incroyable ou l'on pensait que la planète Mars pouvait être habitée par une forme de vie, évoluant dans une atmosphère comparable à la notre.Tout le charme et la naïveté d'une époque, que je défends farouchement comme tu le sais, car elle comporte le ferment des grands thèmes fondateurs de la science fiction moderne.
    Merci également à toi de t'en soucier!

  • @ See Mee: C'est impossible.Les occupants seraient écrasés par la force initiale. C'est pour cela que l'idée d'obus vernien a été abandonnée.

  • @ boutel : la technique utilisant ces roues géantes se retrouvent dans plusieurs textes. Celui de Graffigny que je cite mais aussi A Car for the Moon de Clément Fezandié (1923), La Bombe lunaire de A. Platonoff (1926). Apparemment cela est scientifiquement impossible à cause d'un petit détail omis par nos romanciers: la résistance de l'atmosphère.
    Sous leur double soleil des Dryméennes chantent est une plaquette poétique publiée en 1921 et "Dryméa, monde de vierges" un court roman (1923). Ce dernier a été réédité par Apex en 2004 (tirage limité à 250 exemplaires).
    J'apprécie aussi cette pré / proto / Sf. Je viens de la littérature populaire et cette fraicheur dans la manière d'aborder les thèmes est ce qui retient mon attention.J'aime à lire les ouvrages dans lesquels la Lune abrite des troupeaux, des forêts, des sources, une atmosphère, ceux dans lesquels on peut aller sur Vénus et discuter en français car les habitants ont appris notre langue,... Sans doute y-a-t-il une part de naïveté mais comme tu le dis, ils portent les ferments de la SF moderne.

  • @Ferocias : Tiens, cette histoire de propulsion qui te réduit en bouille me fait penser à un bouquin de SF (impossible de retrouver la source, je me demande si c'est pas Bordage ou Dan Simons ?) dans lequel des "méchants" sont écrabouillés puis reconstitués à leur arrivée !

  • @ See Mee: il y en a plusieurs.

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