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Flaubert, Notes pour les livres à venir

Dans mon panthéon littéraire personnel, Gustave Flaubert se situe incontestablement à la toute première place parmi les auteurs de littérature générale. Son style, sa profondeur, sa finesse dans l'analyse psychologique n'ont guère de concurrents. Son oeuvre offre de perpétuelles (re-) découvertes, toute lecture est nouvelle ce qui tend à en prouver son extrême richesse.

C'est donc avec beaucoup de plaisir que j'ai reçu, dans le cadre de Masse Critique, Notes pour les livres à venir publié aux éditions l'Atelier de l'Agneau.

 

Le volume recueille plusieurs extraits de textes: Cahier des vingt ans et divers carnets dont la rédaction est étalée de 1840 à 1879 (soit toute la vie d'homme de Flaubert). Il ne s'agit bien sûr que d'une faible partie de ce que l'on appelle en amateur de Gérard Genette l'épitexte flaubertien.

"Le Carnet des vingt ans" montre qu'une partie de l'oeuvre de Flaubert est en gestation dès son plus jeune âge. Il se pose la question de la morale, de l'esthétique et de la beauté: « La pièce la plus immorale du théâtre est Le Misanthrope, c'est aussi la plus belle ». En 1856, soit une quinzaine d'années plus tard est publié Madame Bovary que beaucoup tiennent pour le chef d'oeuvre de Flaubert, livre qui subira les attaques pour immoralité que l'on connaît bien.

Dans cette même partie, on trouve aussi un pastiche orientalisant qui annonce Salammbô (mon roman de Flaubert préféré: «  C'était à Mégara, faubourg de Carthage, dans les jardins d'Hamilcar. // Les soldats qu'il avait commandés en Sicile se donnaient un grand festin pour célébrer le jour anniversaire de la bataille d'Eryx, et comme le maître était absent et qu'ils se trouvaient nombreux, ils mangeaient et ils buvaient en pleine liberté....) plein de sensualité.

Les carnets sont un mélange de prises de notes sur le vif, d'aphorismes, d'idées jetées sur le papier, de notes de lecture, de réflexions diverses.

Certaines réflexions trouvent un écho particulier pour le lecteur que je suis: « Il y aurait une curieuse histoire à faire sur les pays merveilleux qu'à chaque âge l'humanité a rêvés. Au XVIe siècle , c'était l 'Amérique; au XVe siècle au temps de Marco Polo, les Indes ou pays des perroquets et des hommes noirs à lèvres rouges » (p. 32)

Pour la préparation de Salammbô, on trouve trois pages de notes sur les objets et les supplices, des pièces carthaginoises au supplice syrien.

On découvre aussi de ces aphorismes qui se retrouveront sous une forme différente dans le Dictionnaire des idées reçues et qui dénoncent la « bêtise »:  « Ne pouvoir se passer de Paris, marque de bêtise. Ne plus l'aimer, marque de décadence. » (p. 47).

Sur l'Education sentimentale, quatre carnets, rien de moins! Par exemple des réflexions sur les vêtements à faire porter par les personnages qui vivaient vingt avant. Le souci de la précision, toujours.

Et des notes de lecture de Pausanias (Antiquité) à Pascal, de Buffon à Darwin car un écrivain est aussi un lecteur. Soulignons que le domaine de l'imaginaire n'est pas absent de l'oeuvre flaubertienne. Il y a bien sûr les nouvelles (les Trois contes publiés en 1877) mais aussi des ébauches comme celle-ci: « La Forêt des femmes. Des femmes arbres. Les bras et la chevelure faisant les branches. »

Comme l'annonce la quatrième de couverture, l'édition « privilégie la « traversée thématique de toute une vie d'écrivain ». Plus que le travail de l'auteur, au sens de l'écriture et du brouillon d'écrivain, c'est le travail, le cheminement de la pensée que ce petit volume offre au lecteur. Indispensable pour l'amateur de Flaubert, peut-être ardu pour celui qui ne connaît pas beaucoup l'oeuvre mais stimulant par les multiples voies empruntées par l'auteur dont l'oeuvre publiée, qui est de beaucoup moindre ampleur que celle de Balzac, condense toute une vie de travail.

Flaubert, Notes pour les livres à venir, Atelier de l'Agneau, 2010

 

Merci à Babelio et aux éditions L'atelier de l'Agneau pour cette lecture.


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