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L'effet Anticipation Ancienne 8: Eric Picholle

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Eric Picholle, physicien au CNRS, essayiste (on lui doit par exemple Solutions non satisfaisantes en collaboration avec Ugo Bellagamba), grand connaisseur de l'oeuvre de Robert Heinlein (il a aussi traduit la nouvelle "Solution non satisfaisante" d'Heinlein), a bien voulu répondre aux 12 questions sur l'anticipation ancienne. Son travail sur Heinlein l'a amené à lire des nouvelles d'avant guerre.

Il a dernièrement participé au livre de l'expositionSciences et Fiction Aventures croisées (à la Cité des Sciences jusqu'au 3 juillet 2011) 

 


L'amateur d'anticipation ancienne

1/ Comment avez-vous découvert ce que l'on nomme l'anticipation ancienne?

  Je ne suis pas bien sûr de savoir ce que "on" nomme ainsi, ni s'il y a une définition un tant soit peu consensuelle de la chose. 

  Cela dit, je n'ai jamais fait de choix conscient de m'intéresser à l'anticipation ancienne. Il se trouve que certains des auteurs de SF que j'admire le plus  — Heinlein, Kipling, Maurois... — en ont probablement produit.  Partant de ceux-là,  dont je connais assez bien l'œuvre, il a pu m'arriver de creuser spécifiquement certains thèmes pour les mettre en contexte. Ainsi, travaillant sur  « Solution non satisfaisante » (1941), j'ai été amené à lire pas mal de SF d'avant-guerre anticipant les armes de destruction massive.

2/ Quel est l'intérêt, au XXIe siècle, de lire ces vieux textes tout de même un peu oubliés, avouons-le?

  Certains sont simplement excellents. La magie opère toujours, et il serait dommage de s'en priver...

  D'autre peuvent avoir un intérêt pour l'histoire des idées, techniques en particulier. Mais c'est déjà plus une affaire de spécialistes.

3/ L'amateur d'anticipation ancienne n'est-il pas un nostalgique?

  Certains, sans doute. 

4/ Si vous deviez citer quelques auteurs et quelques textes qui vous  semblent importants, lesquels choisiriez-vous?

  Heinlein — presque toute sa production des années 40/50.

  sf,science-fiction,eaaMaurois — Le Chapitre suivant  (1927) reste un texte-clef, peut-être le seul texte français de la première moitié du XXe mentionné dans toutes les anthos, au niveau international. Pourquoi la SF française ne revendique pas plus cet  auteur, plus connu des américains que de ce côté de l'Atlantique, c'est un mystère  pour moi.

  Kipling — ses poèmes, principalement. Nous (enfin, Daniel Tron..) en avons retraduit  quelques-uns pour Sans fil et autres récits de science-fiction (éd. Somnium, 2009), et qu'est-ce que ça sonne !   (e.g. « les Fils de Marthe » ou « Le Chant des machines »).

Rééditions

5/ Depuis plusieurs années, des rééditions sont proposées par des maisons d'édition. Nous avons eu l'anthologie Chasseurs de  chimères, Les Moutons Electriques ont réédité Les Main d'Orlac de Maurice Renard et vont publier un recueil de trois romans de Léon  Groc, Manucius s'est lancé dans l'oeuvre de Gustave Le Rouge en proposant son roman Le Mystérieux docteur Cornélius,... est-ce le  signe d'un regain d'intérêt ou simplement le chant du cygne?

 La conjonction de la passion de quelques personnes, à mon sens — Serge Lehman,  André-François Ruaud, en effet, qui ont investi un travail considérable dans ces projets. Mais trop peu nombreuses pour que cette conjonction ait une quelconque signification statistique.

6/ Des rééditions de textes anciens ont déjà été lancé dans les années 1970 par exemple (Sur l'Autre face du monde dans la collection  Ailleurs et demain, beaucoup de romans chez Marabout). En définitive, l'anticipation ancienne a-t-elle vraiment disparu à un moment  pour l'esprit curieux?

  Pas que je sache. Seulement, à l'époque, je marchais plus sur de vieilles éditions d'occase, avec un budget d'étudiant, que sur les rééditions neuves.

Généalogie

7/ Pourquoi n'y-a-t-il jamais eu de véritable histoire de l'anticipation scientifique française alors qu'il y a plusieurs histoires  de la SF?

 Parce qu'il n'y a pas vraiment eu de mouvement SF français significatif, au-delà de  quelques personnalités brillantes ?    

  Cela dit, il faut mentionner la récente thèse de Simon Bréan [1], qui comble une partie  de ce déficit.

sf,science-fiction,eaa8/ Les Européens en général et les Français en particulier ne feraient-ils pas un complexe d'infériorité par rapport à la production  massive d'outre-Atlantique?

  C'est moins une question de masse que de qualité. Combien d'auteurs français  avec une réelle reconnaissance internationale au XXe siècle ?  Maurois assurément, Klein probablement... c'est peu, c'est frustrant, mais ce n'est pas forcément injuste.

Filiations

9/ Les courants comme l'uchronie et le steampunk sont-ils des vecteurs de redécouverte des textes anciens?

  Sans doute, mais de façon très anecdotique à mon sens.

10/ Comment peut-on expliquer la tendance actuelle d'un certain nombre d'auteurs qui puisent une partie de leur inspiration dans ce  corpus (de Jean Marc Lofficier à Serge Lehman pour en citer quelques-uns)? 

  Là encore, on parle de trop peu d'individus pour dégager un discours général. C'est, en ce moment, l'une des sources de leur inspiration  (inévitablement : un auteur se nourrit de tout ce qu'il a pu lire !)

Avenir

11/ Les nouveaux supports d'édition (ebook,...) peuvent-ils aider à une meilleure connaissance de ce domaine?

  Ils ouvriront sans doute nettement le cercle des érudits, de quelques passionnés, universitaires ou non, capables d'aller farfouiller dans les fonds de la BNF ou de monter leurs propres collections (je pense à Versins) à une population plus large de fondus. Mais ça ne sera sans doute pas de sitôt  une récréation de masse !

12/ Pour finir, pensez-vous que l'anticipation ancienne a un avenir?

 Je ne suis pas sûr de comprendre la question. Ce qui a été écrit le restera. Il y aura longtemps des lecteurs pour s'émerveiller du meilleur de cette littérature ancienne, et le moins bon restera dans un juste oubli...

 

Juste pour crâner, le scan de la version Hard Cover sous jaquette (tirage limité à 50 exemplaires) de Solutions non satisfaisantes:

 

sf, science-fiction, eaa

[1] Simon Bréan a soutenu sa thèse en novembre 2010 sous le titre : "La Science-fiction en France de la Seconde Guerre mondiale à la fin des années soixante-dix", on peut consulter la "position de thèse" ICI

 

 

Commentaires

  • En tant que fan d'Heinlein, je suis comblé :)

  • Et "Ah, Maurois, enfin!" :)

  • @ Guillaume44: je savais que ce billet allait te faire plaisir ;)

  • @ Cirroco: En effet Maurois est incontournable. Il a écrit un bel essai d'ailleurs sur les auteurs de son temps.

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