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L'effet Anticipation Ancienne 12: Robert Darvel

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Robert Darvel? 
Oui lui-même! 
Revenu de la planète Mars décrite par Gustave Le Rouge? 
Non plutôt son petit fils qui tient la plume pour Le Carnoplaste, éditeur de fascicules populaires.
J'ai déjà présenté cet éditeur qui propose de nouvelles aventures des héros d'hier comme Harry Dickson et même Jeanne d'Arc! 

L'amateur d'anticipation ancienne

 

1/ Comment avez-vous découvert ce que l'on nomme l'anticipation ancienne?

En voyageant volontairement dans le passé grâce à une merveille de technologie primitive : le livre et dans une moindre mesure, le cinéma.

2/ Quel est l'intérêt, au XXIe siècle, de lire ces vieux textes tout de même un peu oubliés, avouons-le?

Qu’ils soient oubliés est indépendant de l’intérêt qu’on peut leur porter, non ? J’ai oublié qui a remporté l’Eurovision en 19** : est-ce pour autant que la chanson avait un intérêt ? Ce qui est fascinant, c’est de connaître les textes qui ont traité au début du siècle dernier d’un sujet toujours traité aujourd’hui. Le voyage interstellaire n’est pas né avec la mise au point des fusées, mais avec la découverte des planètes. Hector Servadac, Docteur Omega... Songez : des périples interplanétaires sans casque !

sf, science-fiction, eaaA rebrousse-temps ou bien En attendant l’année dernière, de Dick, ont été précédé de L’horloge des siècles de Robida. Pas d’ex nihilo en conjecture. Donc l’intérêt de lire ces textes est de deux ordres : le plaisir de tâter de quelles molécules du flux temporel sont tissés les liens entre hier et aujourd’hui, et assurément de retrouver le plaisir du texte lorsqu’il a été écrit par un excellent écrivain (je pense à Rosny Aîné).

3/ L'amateur d'anticipation ancienne n'est-il pas un nostalgique?

Peut-être, mais ce n’est pas la proportion la plus importante de l’intérêt porté. A cette distance, la capacité à inventer est mise à nu, on peut l’appréhender de manière lumineuse. Voir de quelle manière elle a saisi ses éléments contemporains, lesquels elle a ignorés, et comment les grands esprits ont bifurqué vers l’insondé de l’époque…

On peut saisir l’écrivain face au devenir, et c’est une figure touchante, comme le Grec ancien qui se pose et décide de réfléchir : des gens qui nous parlent d’un possible, alors qu’ils sont morts et enterrés depuis des lustres, largués, dépassés… Depuis le néant, ils nous offrent une très belle forme à la vanité conjecturale.

4/ Si vous deviez citer quelques auteurs et quelques textes qui vous  semblent importants, lesquels choisiriez-vous?

Ceux que j’ai croisés en vrac et dans un désordre qui ménageait des surprises au lecteur foutraque que je suis, des corrélations entre textes qui s’ignoraient au moment de leur élaboration… Hofmann pour le Marchand de sable, Maurice Renard pour Lerne, Leroux pour Bénedict Masson, les Ailleurs & demain fameux : Wul, Wersinger, Spitz (l’œil du purgatoire !)… Puis Graffigny, Paul d’Ivoi, Salgari, Galopin, sf, science-fiction, eaaMoselli… Jacques Spitz, Varlet, Rosny Aîné, etc., et, surtout – pierre angulaire de mon émoi – Le prisonnier de la planète Mars, de mon paternel Gustave Le Rouge. Puis, plus récemment, grâce au vaisseau de papier que je me suis fabriqué lettre après lettre, boulon après boulon, et que j’ai nommé Le Carnoplaste, Léon Groc, Magog, Thévenin, l’écurie Tallandier… Lorsqu’on a une lecture bien menée de l’anticipation ancienne, on peut se concocter un périple à rebours des plus étonnants…

Maintenant que la SF des années 60 / 80 (celle que j’ai lue jeune) devient anticipation ancienne, je suis plus enclin à filer vers le passé, pour en saisir les racines, que de plonger dans l’actuelle pour en supporter les redites (hors quelques noms, Priest etc.).

Quand on entre dans l’anticipation ancienne, on a l’impression d’avoir passé la tête dans un hublot et de pouvoir toucher les confluences de toutes les histoires anciennes, d’entrer dans un ensemble ancien, formé, figé : tous les textes s’entrechoquent, ils communiquent les uns avec les autres dans un bouillonnement qu’on peut saisir dans son ensemble. C’est vital, vivant, non, décidément, pas de nostalgie. Quand on regarde un lapin entier, a-t-on la nostalgie de l’époque où il était morceaux épars ? Mais, à la réflexion, ceci est sans doute également dû à la lecture du Versins, ou Van Herp, ou Sadoul – Où Altairac et Costes, que je salue, des ouvrages qui recensent les bouquins, l’évolution et le ricochet des idées…

Rééditions

5/ Depuis plusieurs années, des rééditions sont proposées par des maisons d'édition. Nous avons eu l'anthologie Chasseurs de chimères, Les Moutons électriques ont réédité Les Mains d'Orlac de Maurice Renard et vont publier un recueil de trois romans de Léon Groc, Manucius s'est lancé dans l'œuvre de Gustave Le Rouge en proposant son roman Le Mystérieux docteur Cornélius,... est-ce le signe d'un regain d'intérêt ou simplement le chant du cygne?

Ce qui veut dire que la collection Bouquins est déjà oubliée… Il ne faudrait pas vendre ces textes comme des textes du passé. Il ne faudrait pas annoncer leur âge. La jeune génération n’a peut-être pas idée de leur inventivité. Xipehuz, Givreuse, pan dans la tronche. La Belle Valence, pan dans la tronche ! Féval et sa Ville-vampire : au tapis Rice et Twillight !...

sf, science-fiction, eaaEn tout cas, en passant, merci à Lehman pour La Hire. Echaudé par ses illisibles Boys-scouts, je m’étais détourné de sa Roue Fulgurante (et tans pis pour les périls qu’il fait maintenant courir à Jeanne d’Arc). Groc, c’est une bonne idée. Pour ma part, je songe à une réédition de Traynel.

6/ Des rééditions de textes anciens ont déjà été lancé dans les années 1970 par exemple (Sur l'Autre face du monde dans la collection  Ailleurs et demain, beaucoup de romans chez Marabout). En définitive, l'anticipation ancienne a-t-elle vraiment disparu à un moment  pour l'esprit curieux?

C’est l’esprit curieux qui s’est sans aucun doute raréfié. L’époque suffit à une majorité de personnes. J’aimerais bien revenir dans un siècle pour la saisir dans son entier.

Généalogie

7/ Pourquoi n'y-a-t-il jamais eu de véritable histoire de l'anticipation scientifique française alors qu'il y a plusieurs histoires  de la SF?

Mon brave monsieur, faut demander à ceux qui ne l’ont pas écrite !...

8/ Les Européens en général et les Français en particulier ne feraient-ils pas un complexe d'infériorité par rapport à la production  massive d'outre-Atlantique?

Industriellement parlant ? Et que savent les américains de l’anticipation ancienne luxembourgeoise, hein ?

9/ Les courants comme l'uchronie et le steampunk sont-ils des vecteurs de redécouverte des textes anciens?

Filiations

Des vecteurs de redécouverte des costumes, pas des êtres-dans-les-costumes. Et – mais je dois me tromper – ces courants ne capitalisent que sur les valeurs ultra connues, type Wells, Verne, Conan Doyle etc. Il n’y a pas, à ma connaissance, d’utilisation de ce principe de déclinaison de décorum à partir des pierres vivantes de Léon Groc (L'univers vagabond) ou même des Xipehuz ? Si ? Alors je retire ce que je viens d’écrire.

10/ Comment peut-on expliquer la tendance actuelle d'un certain nombre d'auteurs qui puisent une partie de leur inspiration dans ce corpus (de Jean Marc Lofficier à Serge Lehman pour en citer quelques-uns)? 

C’est un tel jouet !... De l’argile dans laquelle on peut plonger les mains comme dans un coffre !... Et modeler autant de poupées qu’on veut.

Avenir

11/ Les nouveaux supports d'édition (ebook,...) peuvent-ils aider à une meilleure connaissance de ce domaine?

téléphonoscope.jpgJe ne crois pas à l’avenir du e-book. Il sera détrôné par la téléphonoscopie.

12/ Pour finir, pensez-vous que l'anticipation ancienne a un avenir?

Oui, mais il est pour l’instant sur la face sombre du temps. Et comme nous en sommes l’axe, c’est à nous de le faire pivoter pour qu’il retrouve les rayons clairs et chauds de notre curiosité.

Commentaires

  • Voilà un questionnaire bien mené mon cher Robert et l'on retrouve la même gouaille que dans vos publications.Et en dehors d'être , pour vous citer un "Lecteur foutraque", on sent bien toute la passion et l'amour que vous portez à ce courant littéraire.Vos références sont solides et vos gouts incontestables et l'on ne peut que se frotter les mains à l'idée des prochains fascicules du Carnoplaste. Car "L'avenir de l'anticipation ancienne" c'est aussi cela comme vous le dite si bien "pétrir l'argile de cet incroyable potentiel que nous ont laissé nos anciens afin de pouvoir remodeler à l'infini de nouvelles histoires toutes plus invraisemblables les unes que les autres". C'est uniquement de cette manière que les héros du passé pourront acquérir une indispensable pérennité.

  • Merci pour ce commentaire élogieux, ô ami dont je jalouse la curiosité, la connaissance - et la bibliothèque !...

  • C'est bizarre mais comme photo servant à agrémenter ton questionnaire, Férocias à placé un "brave bourgeois" qui reluque complaisamment ( pour rester courtois) une danseuse aux formes généreuses...moi je n'ai pas eu droit à cela....du Robida qui plus est!

  • @ Boutel: C'est l'un des effets de la téléphonoscopie :)

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