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L'effet Anticipation Ancienne 15: Marc Van Buggenhout

Informaticien (analyste fonctionnel et chef de projet dans une grande banque belgo-hollandaise à Bruxelles), chroniqueur pour Phénix Mag, Marc Van Buggenhout a accepté de répondre au questionnaire sur l'anticipation ancienne.

On peut le retrouver aux adresses suivantes:

Blog : http://marcfvb.wordpress.com/

Site : http://www.phenixweb.net/

Marc se présente ainsi:

Je lis de la SF depuis plus de 40 ans. Je dis toujours que je lis de la science-fiction depuis que l’homme a posé son pied sur la Lune. En réalité cela a commencé un peu plus tôt, au moment où la NASA lançait la mission Apollo 8. C’est-à-dire en fin 1968. A l’époque j’avais 10 ans et je suivais les missions en direct à la télé. C’est une conjonction d’évènements qui ont fait que la science-fiction (et donc l’anticipation) est devenue mon genre de prédilection. Je regardais Star Trek (en VO), Orion raumpatrouille (en VO), ainsi que Firebird XL5 et les envahisseurs. En livres il y a eu les cométaires de Jack Williamson, les solariens de Norman Spinrad, et surtout Dune de Frank Herbert (qui est devenu mon livre de chevet). Dans ce cas-là comment ne pas tomber dans la marmite science-fiction !

 

L'amateur d'anticipation ancienne

1/ Comment avez-vous découvert ce que l'on nomme l'anticipation ancienne?

Mes premiers livres, je les avais achetés dans une bouquinerie. C’était principalement des Marabout (Bob Morane, Harry Dickson), et les FNA (Perry Rhodan, Blade & Baker, Gilles Novak). Et puis pendant plus de 30 ans j’allais chez Malpertuis, y rencontrant quelquefois Jacques Van Herp qui aimait parler de vieille anticipation. C'est principalement E.E. doc Smith et Edgar Rice Burroughs qui m'ont marqué.

2/ Quel est l'intérêt, au XXIe siècle, de lire ces vieux textes tout de même un peu oubliés, avouons-le?

Oublié ? Je n’en suis pas certain. La machine à remonter le temps est souvent réutilisée dans les histoires actuelles. Les envahisseurs extraterrestres sont le quotidien des auteurs d’aujourd’hui. L’anticipation d’hier est simplement plus facile à lire que la science-fiction d’aujourd’hui. Elle était plus épique et allait à l'essentiel.

3/ L'amateur d'anticipation ancienne n'est-il pas un nostalgique?

D’une certaine manière, je dirai oui. Soit le lecteur recherche les origines du genre, soit il recherche une bonne histoire, facile à lire, qui va le captiver. Une bonne partie des livres actuels sont barbants et s’assimilent à de la masturbation intellectuelle, dans lesquels les auteurs n’ont pensé qu’à eux-même et pas aux lecteurs. La vieille anticipation faisait rêver. Pas celle d’aujourd’hui.

4/ Si vous deviez citer quelques auteurs et quelques textes qui vous semblent importants, lesquels choisiriez-vous?

La guerre des mondes – H.G. Wells

Le cycle de Mars/Barsoom/Carter - Edgar Rice Burroughs

Le cycle Fulgur/Lensmen – E.E. doc Smith

La guerre des mouches – Jacques Spitz

ridder haggard decouverte des mines de salomon.jpgShe/Allan Quattermain – H. Ridder Haggard

Harry Dickson – Jean Ray

Curieusement je n’ai jamais lu Jules Verne, alors que j’ai lu H.G. Wells.

A noter que j’attends la réédition en 2011 de J-H Rosny Aîné.

Rééditions

5/ Depuis plusieurs années, des rééditions sont proposées par des maisons d'édition. Nous avons eu l'anthologie Chasseurs de chimères, Les Moutons Electriques ont réédité Les Main d'Orlac de Maurice Renard et vont publier un recueil de trois romans de Léon Groc, Manucius s'est lancé dans l'oeuvre de Gustave Le Rouge en proposant son roman Le Mystérieux docteur Cornélius,... est-ce le signe d'un regain d'intérêt ou simplement le chant du cygne?

Je n’ai pas lu les auteurs cités. Mais c'est probablement dû au fait que je suis en Belgique et pas dans l'hexagone.

6/ Des rééditions de textes anciens ont déjà été lancé dans les années 1970 par exemple (Sur l'Autre face du monde dans la collection Ailleurs et demain, beaucoup de romans chez Marabout). En définitive, l'anticipation ancienne a-t-elle vraiment disparu à un moment pour l'esprit curieux?

Elle n’a jamais disparu. Elle a simplement été distillée au fil du temps. Par contre j’ai des doutes sur les choix actuels des directeurs de collections. Il y a des anciens livres que le public actuel n’arrive pas à redécouvrir car ils n’ont jamais été réédités. J'espère toujours les voir un jour au catalogue SF du Bélial.

Généalogie

7/ Pourquoi n'y-a-t-il jamais eu de véritable histoire de l'anticipation scientifique française alors qu'il y a plusieurs histoires de la SF?

Question difficile à répondre pour quelqu’un qui est né et vit à Bruxelles. Les auteurs français n’ont jamais été ma tasse de thé. Mais comme on peut le constater sur mon blog, je n’hésite pas à combler cette lacune. Par contre le fantastique belge m’a fortement marqué ainsi que la SF anglo-saxonne.

Pour moi, l’histoire de la science-fiction, c’est celle que nous raconte Jacques Sadoul dans son histoire de la SF, et dans sa présentation des vieux pulps anglo-saxons (Les meilleurs récits de…). C’est d’ailleurs ces livres qui m’ont permis de sélectionner les auteurs que j’avais envie de découvrir à l’époque. La partie anglo-saxonne était tellement importante que je me suis focalisé sur celle-ci au détriment de la partie francophone, qui est restée au fond du placard. Avec le recul du temps je constate que j’ai fait le bon choix. Ce n’est qu’avec l’apparition des FNA que j’ai commencé à lire des auteurs français.

8/ Les Européens en général et les Français en particulier ne feraient-ils pas un complexe d'infériorité par rapport à la production massive d'outre-Atlantique?

burroughs les dieux de mars.jpgJe ne pense pas que les auteurs français ont un complexe d’infériorité (plutôt un complexe de supériorité). Alors que les anglo-saxons inventent des histoires, les français se contentent de faire de la masturbation intellectuelle en écrivant des livres autour d’une seule idée. Résultat : ils se sont fait plaisir mais ils ont oublié les lecteurs. Peut-être qu’ils devraient relire Jules Verne ! C’est bizarre car en fantasy le problème ne se pose pas, ni en bande dessinée. Cela veut donc dire qu’ils sont capables de faire mieux, mais qu’ils ne veulent pas le faire. Reste qu’avec cette attitude, ils restent confinés à l’hexagone.

Filiations

9/ Les courants comme l'uchronie et le steampunk sont-ils des vecteurs de redécouverte des textes anciens?

Ces courants montrent un manque d’imagination de la part des auteurs. Plutôt que de créer de nouveaux mondes, de nouveaux univers, ils se basent sur leur connaissance du passé, pour le modifier, l’adapter et en faire de nouvelles histoires. Mais au fond, ils ne prennent pas de risques. Cela montre la frilosité des auteurs actuels.

10/ Comment peut-on expliquer la tendance actuelle d'un certain nombre d'auteurs qui puisent une partie de leur inspiration dans ce corpus (de Jean Marc Lofficier à Serge Lehman pour en citer quelques-uns)?

Je perçois cela comme un manque, un vide, une attente du côté du lecteur, qui est en partie comblé par ses auteurs. Apparemment tous les éditeurs n’ont pas compris qu’il y a une place pour ce type de lecture.

Avenir

11/ Les nouveaux supports d'édition (ebook,...) peuvent-ils aider à une meilleure connaissance de ce domaine?

Probablement, si les livres tombent dans le domaine public. Mais lire un livre sur un écran n’est pas nécessairement aussi reposant que lire un vrai livre. De plus le prix du livre électronique n’est pas vraiment concurrentiel. Il devrait couter moins cher que sa version poche, c’est-à-dire quelques euros au maximum. Tant que cela ne sera pas le cas, les livres seront piratés (ce qui était rarement le cas avec les photocopieuses). En tant qu’informaticien depuis 30 ans, pour moi, les nouveaux supports ne sont que des gadgets qui n’apportent pas un confort de lecture supplémentaire. Ils permettent simplement de se déplacer avec un plus grand volume d’informations, au détriment d’une autonomie limitée, d’une lecture plus fatigante, et d’une vision très limitée (le lecteur se retrouve plutôt avec des œillères). Mais là, on entre dans un autre débat.

12/ Pour finir, pensez-vous que l'anticipation ancienne a un avenir?

En tous cas elle a un présent, même si celui-ci est de plus en plus réduit. Mais il est indéniable qu’une bonne partie des idées exploitées aujourd’hui date de cette période lointaine où on faisait de l’anticipation. On peut imaginer que bon nombre d’œuvres d’anticipation tomberont dans le domaine public et se retrouveront facilement accessible sur le Web. Reste donc à la rendre accessible dans toutes les langues, car le lecteur n’est pas nécessairement polyglotte. Donc l’anticipation ancienne a un présent et encore un avenir.

 

Commentaires

  • Merci encore pour cette série d'interview, vraiment une réussite :)

  • @ Guillaume44: Merci pour tes encouragements

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