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Pérou - Page 3

  • Gaston Leroux, L'Epouse du Soleil (37ème épisode)

    Le Blog Les Peuples du Soleil vous propose aujourd’hui le trentième-septième épisode du grand roman de Gaston Leroux L’Epouse du Soleil.

    REGARDEZ, C’EST ICI LE TEMPLE DE LA MORT

    Ils entrent dans une grotte. Raymond n’a plus aucune volonté. Marie-Thérèse est perdue ! Le baiser qu’il lui a envoyé est celui qui les unissait dans la mort, car le jeune homme compte bien ne point lui survivre. Quand il sera sûr qu’elle est morte, son tour, à lui, viendra. Il aurait voulu se tuer à ses côtés, comme font les amoureux, sur la tombe de la bien-aimée. On lui a dit qu’elle doit mourir dans le Temple de la Mort : alors il suit ce vieillard dont on a tué jadis la fille dans ce Temple et qui a cherché ce Temple dix ans et qui prétend savoir maintenant où il se trouve.

    La grotte est profonde. Après avoir marché quelques instants sur le sable et les coquillages, le vieillard alluma une branche de résine. La flamme éclaire l’entrée d’un étroit couloir de nuit, mais, avant de s’y introduire, Orellana a ramassé dans une excavation une chose qui attire l’attention de Raymond. Qu’est-ce que c’est ? C’est une pioche. « Vieillard, que comptes-tu faire avec cette pioche ? – Je compte sauver ma fille, répond Orellana. Tu verras ! Tu verras !… Cette fois, je ne laisserai pas ces brigands l’étouffer comme il y a dix ans. Tu comprends, ils la murent vivante. Eh bien ! nous n’avons qu’à attendre qu’ils soient partis, et nous la délivrerons !… As-tu compris ?… bien compris ! c’est tout à fait simple !… quand j’eus trouvé le Temple de la Mort et que je vis dans la muraille toutes les pierres qui recouvrent les épouses du Soleil, je m’écriai : « Ça n’aurait pas été bien difficile de la délivrer si on avait été là ! », mais, alors, il était trop tard ! d’abord, je ne savais pas où elle était… Était-elle à droite, à gauche ou en face ?… mais la prochaine fois… nous verrons bien ! nous verrons bien !… Viens ! » Raymond, d’avoir écouté la parole d’Orellana, tremblait. Était-il possible que ce fût si simple que cela de la sauver ?… Les fous avec leurs idées fixes ont quelquefois plus raison que tous les autres hommes avec leur raison !… Et il suivait le vieillard, hâtif, et fiévreux, dans le couloir de la nuit illuminé par la torche au poing tremblant d’Orellana. Mais Raymond avait pris la pioche. On n’entendait plus rien que leurs pas sur le roc. La terre dans laquelle ils étaient entrés et dans laquelle ils descendaient avait étouffé les chants comme elle allait peut-être les étouffer tout à l’heure.

    Ce couloir avait été creusé dans le roc et aboutissait à de petites salles carrées où avait dû se trouver la sépulture des prêtres et des hauts dignitaires, comme on voit dans les pyramides et hypogées d’Égypte. Dans la dernière de ces salles, Orellana éteignit sa torche et se mit à genoux. On ne pouvait, en effet, se tenir debout dans l’étroit boyau dans lequel il se glissa, suivi de Raymond. Mais, bientôt, ils purent se relever ; ils étaient dans une niche de pierre moins obscure que ce couloir qu’ils venaient de traverser. Orellana arrêta Raymond et lui dit : « C’est ici ! » Les yeux du jeune homme s’habituaient déjà aux ténèbres moins opaques. D’où venait donc cette légère lueur diffuse grâce à laquelle il entrevoyait des formes, des angles, des colonnes ? Il ne put d’abord s’en rendre compte, mais il put définir assez facilement la position qu’ils occupaient dans un renfoncement de la pierre situé à plusieurs pieds au-dessus du sol d’une vaste salle dont ils ne percevaient pas encore les limites : « Le Temple de la Mort ! murmura Orellana. Écoutez !… Le Temple de la Mort !… »

    En effet, le bruit lointain des chants parvenait maintenant jusqu’à leurs oreilles. On eût dit un grondement rythmique de la terre. Et soudain la lumière se fit, complète, et ils en furent éblouis et, instinctivement, ils se rejetèrent en arrière. Au-dessus d’eux, au sommet et au centre de la prodigieuse salle souterraine, une pierre venait de se déplacer, ouvrant un orifice assez large par lequel la lumière dorée entrait à flots. Il y avait là, creusée dans la voûte[1], une espèce de cône tronqué dont le sommet était à l’extrémité supérieure de telle sorte que la lumière du soleil glissait obliquement le long de ses parois et allait rayonner tout le long des murs, promenant son éclat tour à tour sur chacune des pierres qui formaient l’enceinte intérieure de ce temple mystérieux. Sur les dalles, sur les autels, sur les marches, dans les niches, partout resplendissait l’or dans une magnificence incomparable, des plaques d’or liées les unes aux autres par une sorte de ciment merveilleux dans lequel était entré de l’or liquide[2].

    Ce temple caché était, à la lettre, une mine d’or. Il formait un immense cercle. Sur la partie orientale de la muraille était représentée l’image de la divinité. C’était une figure humaine, centre d’innombrables rayons de lumière qui paraissaient en jaillir de tous côtés. Ainsi chez nous, on personnifie quelquefois le soleil. Cette figure était gravée sur une plaque d’or massif de dimensions énormes, parsemée d’une multitude d’émeraudes et de pierres précieuses[3]. Les rayons du soleil levant venaient la frapper directement, illuminant tout le Temple d’une clarté qui paraissait surnaturelle, et que réfléchissaient de toutes parts les ornements d’or dont le mur et la voûte étaient incrustés. L’or, dans le langage figuré du peuple, était « les larmes versées par le soleil », et toutes les parties de l’intérieur du Temple étincelaient de plaques polies et de têtes de clou du précieux métal.

    Les corniches qui entouraient les murs du sanctuaire étaient de la même matière, et un large cordon ou frise d’or incrusté dans la pierre enveloppait toute la salle.

    De l’endroit où se trouvaient Raymond et Orellana, on apercevait plusieurs chapelles disposées symétriquement autour de la grande pièce centrale. L’une d’elles était consacrée à la lune, divinité qui tenait le second rang dans la vénération publique comme mère des Incas. Son effigie était représentée de la même manière que celle du soleil sur une plaque colossale, mais cette plaque était d’argent comme il convenait à la lueur pâle et argentée de la douce planète. Une autre chapelle était dédiée aux armées du ciel qui sont les étoiles, cour brillante de la sœur du soleil ; une autre était consacrée aux terribles ministres de ses vengeances, le tonnerre et l’éclair ; une autre à l’arc-en-ciel et, dans ces chapelles, tout ce qui n’était pas en argent était en or, en or, en or[4].

    Le Temple de la Mort représentait à peu près toutes les dispositions de l’antique Temple du Soleil du Cuzco et il ne devait certainement d’avoir traversé les siècles avec toute sa magnificence qu’à la montagne et au lac qui le protégeaient, qu’au mystère dont ses prêtres n’ont cessé de l’entourer, car combien en ont entendu parler qui ne l’ont jamais vu, même parmi ces Indiens dont la piété et la prière naviguent encore aujourd’hui entre les cérémonies de la religion nouvelle et les rites des ancêtres[5]. Les couloirs de la nuit en sont bien gardés ; la foule n’y fut jamais admise et en dehors des grands dignitaires et des victimes qui y viennent, elles, pour n’en point sortir, après avoir contemplé la figure de la Mort, il fallait le prodigieux hasard qui avait servi Raymond et Orellana pour pénétrer dans cette enceinte par un étroit boyau oublié depuis des générations.

    Quand ses yeux, peu à peu, se furent accoutumés à cet éclat comme, tout à l’heure, ils s’étaient accoutumés à l’obscurité, Raymond distingua tous les détails du Temple. Son regard fut attiré par l’autel central élevé de plusieurs marches et sur lequel étaient disposées les coupes d’or remplies de graines de maïs, les encensoirs pour les parfums, les aiguières destinées à recevoir le sang du sacrifice et le grand couteau d’or dans le plat d’or.



    [1] L’architecture des Incas ne connaissait pas la voûte, c’est-à-dire l’arc de pierres suspendues. Dans le Temple de la Mort de l’île Titicaca, la voûte était creusée à même le roc.

    [2] Cieza de Léon, dans sa chronique, chapitre XCIV, parle d’un ciment composé en partie avec de l’or liquide, qu’on avait employé dans la décoration intérieure des temples et dans les édifices royaux de Tambo. Cette richesse inouïe de la construction inca explique aujourd’hui bien des ruines et la rage destructive des premiers conquistadors, avides de butin.

    [3] Cieza de Léon, Sarmiento, Prescott.

    [4] Prescott. Si le lecteur ne voit dans ce tableau que les couleurs romanesques de quelque El Dorado fabuleux, il doit se rappeler ce qui a été dit des palais des Incas et considérer que ces maisons du Soleil comme on les nommait, étaient le réservoir commun où se réunissaient tous les ruisseaux de la bienfaisance publique et privée dans toute l’étendue de l’empire. Certaines assertions peuvent avoir été fort exagérées par la crédulité, et d’autres par le désir d’exciter l’admiration. Ce qu’il y a de certain c’est que la peinture brillante que j’ai reproduite est garantie par ceux qui virent ces édifices au moment de la conquête et dans toute leur magnificence. À l’arrivée des étrangers, beaucoup d’objets précieux furent enterrés par les indigènes ou jetés dans les eaux des rivières et des lacs ; et le lac Titicaca doit garder aujourd’hui encore dans son lit profond de fabuleuses richesses.

    [5] Lorsque la science moderne étonnée de l’immobilité de l’Inca, c’est-à-dire de la perpétuité de ses mœurs, de ses croyances et de son souvenir, se demande à quel phénomène est dû un pareil miracle et qui peut, ainsi, chez eux, entretenir de cette façon le feu sacré, elle est obligée d’envisager l’hypothèse de cérémonies mystérieuses qui continuent à être célébrées loin de tout élément européen dans quelque coin perdu des Andes.


    La suite au prochain épisode!

  • Téa Stilton, La Cité secrète

    Téa Stilton est la sœur du célèbre rédacteur en chef de L’Echo du rongeur (journal de l’Ile des Souris) Geronimo Stilton.

    Diplômée du collège de Raxford, elle y dispense des cours tout en étant l'envoyée spéciale de L'Echo du rongeur et s’est liée d’amitié avec l’Australienne Nicky, la Française Colette, la Chinoise Violet, la Péruvienne Paulina et la Tanzanienne Paméla. Ces six souris forment les Téa Sisters.

    En revenant d’une excursion dans le parc national de l’Ile des Souris, Téa reçoit un message de Paulina partie à Cuzco (Pérou) lui racontant la dernière aventure des autres Téa Sisters. Plusieurs jours auparavant, après avoir reçu reçu un coup de téléphone Paulina a demandé au recteur l’autorisation de quitter le collège de Raxford pour porter secours à l’un de ses amis. Ni une, ni deux les autres souris l’accompagnent ! En effet, Gonzalo Quantayacapa, archéologue comme son père a disparu en recherchant la cité secrète des Incas ! Parti sur ses traces dans les Andes, le professeur Quantayacapa ne donne plus de nouvelles.
    Arrivées au Pérou, elles se dirigent vers Machu Picchu. Sur la route, elles rencontrent des Indiens terrorisés par un condor bien étrange. Elles finissent par tomber par hasard sur le professeur Quantayacapa toujours à la recherche de son fils.
    Il faut maintenant éloigner vos enfants de l’écran afin que l’histoire ne leur soit pas dévoilée avant qu’ils ne la lisent.
    *Mode spoiler on*
    tea stilton002.jpgLes Téa Sisters retrouveront Gonzalo qui a bien découvert la cité secrète des Incas. Le professeur Manadunca, archéologue cupide, lui a volé ses carnets et c’est lui qui pilote un planeur camouflé en condor afin d’éloigner les curieux. Les Téa Sisters découvrent le trésor : il ne s’agit pas d’or, de pierres précieuses ou d’objets de valeur mais d’une multitude de témoignages de la grandeur et de la vie quotidienne des incas. Cette salle du trésor « ressemblait à un incroyable musée qui révélait au monde d’aujourd’hui, plus de cinq cents après, l’image d’un monde d’hier, disparu depuis des siècles » car dans cette salle : « les Incas ont conservé ici toute leur histoire et toute leur civilisation ! tout leur savoir ! » constatent Violet et Paulina.
    « - Il avait raison, le professeur Quantayacapa ! C’est la connaissance qui est le plus grand trésor ! dit Paméla » (p. 164-165)
    * Mode spoiler off*

    Le personnel romanesque n’évite pas les stéréotypes (1) : Colette la Française est coquette et toujours en retard, Violet la Chinoise est précise et aime le thé, Nicky l’australienne goûte les grands espaces, Paméla la Tanzanienne est sportive,… L’appareil pédagogiqutea stilton001.jpge est de qualité et la lectrice (car il s’agit bien d’une série pour les filles à partir de 8 ans) apprendra beaucoup de choses sur la géographie et l’histoire péruviennes. Une partie est insérée dans l’histoire, une autre est constituée d’encarts, de pleines pages et d’un petit dossier en fin de volume dans lequel on trouvera quelques pages sur l’Empire Inca ainsi que des recettes de cuisine, du vocabulaire quechua ou des conseils de beauté !
    Si les multiples polices de caractère peuvent énerver ou désarçonner un lecteur adulte, les tests menés sur des cobayes de la famille montrent qu’elles sont très appréciées des enfants.

    stilton la cité secrete.jpg


    Téa Stilton, La Cité secrète, Téa Stilton n° 3,
    éditions Albin Michel Jeunesse, 2008




    (1) La série Géronimo Stilton et son dérivé Téa Stilton sont d’origine italienne. Aucun nom d’auteur n’apparaît, il semble donc qu’il s’agisse d’un pseudonyme collectif.

  • Gaston Leroux, L'Epouse du Soleil (36e épisode)

    Le Blog Les Peuples du Soleil vous propose aujourd’hui le trentième-sixième épisode du grand roman de Gaston Leroux L’Epouse du Soleil.

    DANS LE DÉDALE DES COULOIRS DE LA NUIT

    Ils auraient voulu qu’elle fût déjà morte. C’était un sacrilège ! N’appartenait-elle point déjà aux dieux ? Celui-là aussi qui avait crié méritait la mort, et il y eut un grand mouvement, une ruée le long des murs, une escalade des pierres, des ruines des temples, une course furieuse à l’étranger, au faux Indien. Cependant que la litière d’or avec son roi mort et sa reine qui allait mourir était emportée avec rapidité par les veilleurs du sacrifice et les amautas et que les airs retentissaient des mille cris de Muera la Coya ! Muera la Coya ! (à mort la reine !). Marie-Thérèse avait refermé les yeux, emportant dans la mort le baiser de Raymond qui, pour lui avoir envoyé ce baiser-là, allait peut-être, lui aussi, mourir.

     

    Le fou Orellana avait dit à Raymond : « Tu es fou ! » quand il l’avait vu se pencher, quand il l’avait entendu crier, et appeler la Coya et quand la Coya, debout sur son trône, avait levé vers eux son front de lumière, il avait dit : « Tu connais donc ma fille ? »

     

    La colère populaire les enveloppait, montait vers eux, accourait. Il eut toutes les peines du monde à secouer Raymond de l’étrange torpeur qui le tenait là, sur sa pierre comme s’il avait été transformé en statue de pierre depuis qu’il avait échangé ce baiser suprême avec la Coya.

     

    Enfin, il l’entraîna, le rendit au trou dont il l’avait fait sortir, le replongea dans le couloir de la nuit dont il connaissait seul les détours et le fit marcher longtemps, longtemps dans la nuit éclairée çà et là par des rayons carrés ou ronds ou aigus qui descendaient de la terre supérieure, entre les pierres millénaires. De temps à autre, il lui disait : « Ici, au-dessus de nos têtes, il y a tel temple, tel palais ! Tiens ! en ce moment nous sommes sous le Yaca-Huasi que l’on appelle aussi la Maison du Serpent ».

     

    Raymond l’arrêta : « Ils y ont peut-être conduit l’Épouse du Soleil ? ».

     

    – Non ! Non ! Maintenant les étapes sont finies, crois-moi. L’Épouse du Soleil est partie pour le Temple de la Mort.

     

    – Et nous ? Où allons-nous ? Où nous conduis-tu ?

     

    – Au Temple de la Mort !

     

    Alors Raymond le suivit sans plus rien demander. Cependant, il s’étonna quand il sortit du souterrain de se retrouver en pleine campagne.

     

    – Où donc est le Temple de la Mort ? dit-il.

     

    – Le Temple de la Mort, répondit l’autre, est dans l’île Titicaca ! Ne crains rien ! Nous arriverons avant eux. Ten paciencia ! (aie patience !)

     

    Dans un des tambos du bord de la route, ils louèrent des chevaux qui les conduisirent à Sicuani où ils prirent le train et, par l’embranchement de Juliaca, se dirigèrent vers Puno, sur les bords du lac. Tout le long du chemin, Orellana ne cessait de parler à Raymond, lui donnait des détails sur la contrée qu’ils traversaient et sur la cérémonie qu’ils allaient voir, « une cérémonie à laquelle n’a jamais assisté aucun étranger », mais lui, Orellana, ne demandait la permission de personne et puisqu’on allait marier sa fille au Soleil, c’était bien le moins qu’il assistât aux noces. D’autant plus qu’il avait tout préparé pour cela ! Ah ! il avait mis du temps à trouver le Temple de la Mort, car ce temple était bien caché, mais avec de la patience de plusieurs années, on arrive à tout, quand on le veut bien ! Il n’y avait pas une conduite désertée par les eaux, sous la terre, pas une mine d’or abandonnée qu’il ne connût et dans lesquelles il n’eût pu se promener les yeux fermés. Ah ! que de fortunes, que de fortunes sous la terre, une fortune égale à toutes les fortunes du monde ! Évidemment, les Incas avaient dû prendre tout leur or quelque part !… Et il en restait ! Et il en restait à prendre !… Le jour où un ingénieur intelligent s’en mêlerait (sourire amer du jeune ingénieur qui ne pense plus du tout à son fameux siphon)… il n’y aurait qu’à se baisser simplement… mais lui, Orellana, s’était toujours moqué de toute la fortune du monde, et il n’aimait au monde que sa fille, sa Maria-Christina que les Indiens avaient conduite dans le Temple de la Mort et c’est le Temple de la Mort seul qui l’avait occupé pour y reprendre sa fille, la prochaine fois qu’une pareille cérémonie recommencerait. Il avait attendu des années. Maintenant tout était prêt. Entre nous, il serait bien heureux d’embrasser Maria-Christina, pour la première fois, depuis dix ans !… Ainsi divaguait-il et ces divagations, Raymond les trouvait précieuses. Le jeune homme lui demanda :

     

    – Eux, comment vont-ils du Cuzco au Temple de la Mort ?

     

    – Ne t’occupe pas de cela. Par les couloirs de la nuit ! par les couloirs des montagnes de la nuit ! et par les couloirs du lac de la nuit ! À propos, sais-tu pêcher à la ligne ?

     

    Raymond n’eut pas le temps de répondre à cette extraordinaire question, car le chef de train venait les chercher pour les inviter à voir danser la samacuena, dans le fourgon aux bagages. Il fallut bien accepter l’invitation pour ne point se singulariser. Tous les voyageurs s’y rendaient. Ils trouvèrent là, réunis, une société indigène, dansant, chantant et jouant de la guitare, et buvant sec. À chaque arrêt du train, le chef de train en signe de réjouissance pour les victoires de Garcia faisait partir des cohetes dont les échos de la montagne répétaient joyeusement les détonations. Puis les quelques soldats quichuas qui se trouvaient dans le train se donnèrent le plaisir de la chasse. En traversant les hauteurs, ils aperçurent de nombreux troupeaux de vigognes qui paissaient tranquillement. De la plate-forme de leur wagon, les soldats examinaient tous les mouvements des troupeaux errants et de temps en temps, épaulaient, envoyaient une balle à l’animal le plus rapproché. Une vigogne tomba. Aussitôt le mécanicien serra les freins, donna le signal de l’arrêt, et le chef de train courut ramasser lui-même la victime. Raymond, impatient, eût voulu monter sur la locomotive, conduire lui-même le convoi à toute vapeur. Mais Orellana le calma : « Nous arriverons avant eux, tu verras ! On aura encore le temps de pêcher à la ligne. C’est sûr ; toute la nuit et tout un jour, je le crois ! »

     

    Et il l’entraîna, pendant que danseurs et danseuses dépeçaient la vigogne, auprès du poêle qui était installé dans leur wagon.

     

    La température s’était, en effet, considérablement abaissée. Ils étaient parvenus dans la région des neiges. Ils étaient à une altitude de plus de quatorze mille pieds, presque au niveau du sommet du Mont-Blanc. Raymond recommença à subir le mal des montagnes, appelé dans le pays soroche ; le sang lui coula par le nez et par les oreilles et il tomba dans un état voisin du coma où il put oublier toutes ses douleurs morales. Il ne se retrouva aux prises avec son effroyable cauchemar que lorsqu’ils arrivèrent à Punho qui est une cité sur les bords du lac. Là, il réclama d’Orellana le Temple de la Mort avec une énergie farouche.

     

    – Nous y allons ! lui répondit l’étrange vieillard ; mais il le fit passer d’abord sur la grande place où étaient rangées une centaine de jeunes Indiennes fort belles, aux jupes de couleur sombre et au corsage grand ouvert comme l’exige la mode, là-bas. Elles se tenaient accroupies en files symétriques et vendaient des fruits et des légumes desséchés par le froid.

     

    – Ordinairement, elles sont deux cents, fit remarquer Orellana, mais les punchs rouges ont passé par ici et ont choisi les cent plus belles pour la cérémonie. C’est ainsi tous les dix ans.

     

    Et il leur fit quelques achats avec l’argent de Raymond. Il se lesta également d’une gourde de pisco et ils sortirent de la ville. Ils arrivèrent sur le soir dans d’immenses marais d’où partaient à tire d’ailes des nuées d’oiseaux. Ils traversèrent ensuite une bruyère d’où s’enfuirent des lamas et des alpagas et enfin se trouvèrent en un certain endroit assez lugubre des rives du lac. Le lac Titicaca, dans sa cuvette de montagnes, est le plus haut des lacs de la terre. Les eaux, ce soir-là, en étaient sombres, lourdes et mortes.

     

    Mais un orage grondait dans le lointain et bientôt toute la nature commença de s’animer. Les éclairs se succédèrent follement. La bourrasque fut dans son plein. Les vagues battirent furieusement le rivage et toutes les montagnes d’alentour furent illuminées par le feu du ciel. La pluie tomba à flots : « Tout ceci est très bon, car nous aurons beau temps demain, déclara Orellana ; en attendant nous allons souper. » Il avait conduit le jeune homme sous un énorme monolithe taillé en forme de porte. Dans une niche de cette pierre formidable il parvint à allumer du feu avec des taquina, qui sont des fientes desséchées de lama, lesquelles brûlent comme de la tourbe. Autour de ce feu, ils mangèrent un peu et se réchauffèrent à la gourde de pisco. Raymond sentit peu à peu sa tête s’appesantir et il se réveilla à l’aurore. Il trouva le vieillard qui veillait sur lui et qui l’avait paternellement enveloppé dans ses pelliones (couvertures de cheval).

     

    – Cet abri m’a toujours porté bonheur depuis que je recherche ma fille, dit Orellana, mais je ne sais à qui doit aller ma gratitude. Le dieu qui est ici est indéchiffrable. Et il lui montrait les bas-reliefs qui couvraient la pierre. Ils représentaient un être humain dont la tête était ornée de rayons allégoriques et dont chaque main tenait un sceptre différent ; à l’entour étaient rangées symétriquement des figures ayant un visage d’homme, les autres une tête de condor, toutes tenant également un sceptre et faisant face au centre.

     

    – Oui, reprit, entêté et tout pensif, Orellana, ceci ne ressemble en rien à ce que faisaient les Incas. C’est beaucoup plus sculptural, mais c’est aussi beaucoup plus ancien. Il y a eu des mondes sur ces rives avant les Incas qui ne sont que des sauvages qui volent les jeunes filles. Mais, viens dans mon bateau, au-devant du Soleil.

     

    Alors Raymond aperçut dans une petite crique, à demi cachée par les herbes, une pirogue en jonc dans laquelle Orellana eut tôt fait de dresser un mât et de hisser une voile de nattes, que gonfla aussitôt la brise propice.

     

    – Viens pêcher à la ligne, dit le vieillard, c’est le chemin du Temple de la Mort.

     

    Raymond monta dans la nacelle de totora, le bateau de joncs et ils voguèrent sur les îles. Ils arrivèrent en vue de celles-ci vers le soir. Elles étaient à peine visibles. C’étaient les îles saintes ; elles paraissaient flotter comme des ombres menaçantes au-dessus des eaux et elles apparurent à Raymond comme des fantômes, gardiens du Temple de la Mort !…

     

    Ce soir-là, Orellana n’accosta point au rivage. Il immobilisa sa barque en jetant à l’eau une grosse pierre qu’une corde retenait, puis il rangea sa voile et donna à Raymond un bâton pour la pêche. L’autre ne comprenait pas. Le fou qui pensait à tout lui expliqua : « On vient aux îles pour pêcher, car, aux îles, la pêche bénie du dieu est plus fructueuse que partout ailleurs. Ne peux-tu faire comme tout le monde ? »

     

    Et il lui montra autour d’eux des feux qui s’allumaient à la proue des petites barques, et, dans ces barques, les ombres immobiles des Indiens pêcheurs.

     

    – Ce sont les Indiens qui pêchent dans leurs canots de totora, dit le vieillard. Fais comme eux ou dors et laisse-nous tranquilles. Demain, tu auras un beau réveil !

     

    Il le réveilla, en effet, un peu avant l’aurore. À l’approche de l’Astre-Roi, les dernières étoiles s’éteignaient au ciel des tropiques. Sur les eaux profondes du lac, il n’y avait plus aucune lumière et Raymond ne vit plus aucune ombre. Aucun bruit dans la nature ; pas un souffle dans l’air. Soudain, du côté de l’Orient, la cime des monts s’embrasa ; un prodigieux incendie s’alluma derrière le rideau déchiré des Cordillères et les reflets sanglants de l’astre firent sortir de la nuit les ombres teintées de rose des îles saintes.

     

    Quand ils passent devant la principale d’entre ces îles qui est l’île Titicaca, jamais les Indiens qui glissent sur les eaux dans leurs pirogues fragiles n’oublient de se prosterner ni de chanter en « aïmara » l’hymne des Ancêtres au dieu du jour, car c’est de cette île qu’est sortie, il y a des années sans nombre, la souche des Incas dans la personne de Manco-Capac et de Mama Cello, le mari et la femme, en même temps que le frère et la sœur, tous deux enfants du Soleil. Ils sont partis de là pour fonder Cuzco et jeter les bases de leur empire sacré.

     

    Du large, on aperçoit sur la côte du Titicaca des ruines formidables ou amoncellement de pierres énormes superposées d’une façon inexplicable et auxquelles la science n’a jamais pu fixer d’âge : ce sont les bains, les palais et les Temples des Incas[1]. Ce qu’aperçut Raymond du fond de sa pirogue lui arracha un cri de surprise et le remplit d’une stupeur profonde. Rêvait-il ? Était-il sous le coup de quelque hallucination déterminée par les angoisses et les atroces préoccupations de cette semaine maudite ? Ses yeux lui faisaient-ils réellement voir ces choses que d’autres yeux avaient contemplé avec extase il y avait de cela des siècles et des siècles, à l’aurore du monde incaïque ! Mais au fur et à mesure que s’éclaircissaient les ombres de la nuit et que l’île sacrée apparaissait dans tout son dessin terrestre au-dessus des eaux, ce ne furent point seulement des pierres mortes, des temples défunts, des palais abandonnés qui surgirent devant lui dans le premier rayonnement du jour : tous les degrés cyclopéens, toutes ces marches du ciel étaient couvertes d’une foule immobile et silencieuse tournée vers l’orient en flammes.

     

    Et ce qui faisait croire au rêve, c’était bien cette immobilité et ce silence. Ils étaient là des milliers qui semblaient ne pas respirer dans l’attente de quelque événement mystérieux et sacré.

     

    Le disque du soleil est encore caché par les Andes prochaines, mais tout fait prévoir son essor victorieux. Le flanc des monts se pare de mille pierreries éblouissantes ; et les ruisseaux sont en feu. Le lac n’est plus qu’une immense glace rose qui reflète le rêve immobile des palais et des Temples. Des vierges, portant comme au temps jadis les emblèmes religieux et les plus belles fleurs de la saison se pressent sous les portiques. Au sommet des tours allumées par l’aurore les prêtres attendent le visage de leur dieu.

     

    Soudain, Il apparaît… Il monte… Il rayonne sur son empire et une immense acclamation le salue. « Salut, Soleil ! roi des Cieux, père des hommes ! » La terre tremble, les eaux frissonnent, le ciel est si ému de ce grand cri qui monte de l’île sacrée qu’il en laisse tomber les oiseaux étourdis[2]. « Salut, Soleil, père de l’Inca ! » Les bras se tendent vers lui, les mains lourdes d’offrandes s’élèvent au-dessus des têtes et toutes les bouches chantent sa gloire : « Reconnais-tu tes enfants ? Es-tu toujours accompagné de l’âme innombrable des guerriers morts pour la patrie ? » Le cri de joie part de la multitude entière, accompagné de chants de triomphe et du tumulte des instruments barbares. Toutes ces fanfares sauvages éclatent de plus en plus et à mesure que le disque brillant de l’astre se dresse à l’orient et inonde de lumière ses adorateurs. Ô Soleil ! Regarde ton empire ! Après tant de siècles, vois les hommes qui habitent ces champs et ces montagnes, tous les fronts sont tournés vers toi. Toutes les bouches sont ouvertes vers toi. Aujourd’hui comme autrefois, tes enfants s’enivrent de tes rayons !…

     

    Les vierges ont levé leurs bras dorés et ont offert au dieu la libation dans les vases sacrés, remplis de la liqueur fermentée du maïs ou du maguey ; et les prêtres à la tête des théories religieuses ont entonné les hymnes rituels qui, après s’être élevés vers les cieux semblent maintenant s’enfoncer dans la terre. Quel est ce miracle ? Le rêve a disparu ! s’est évanoui comme se dispersent sous les premiers rayons du soleil les buées légères du matin ?…

     

    Raymond se frotte les yeux comme un enfant à son réveil. Où donc est cette foule qui peuplait tout à l’heure ce désert de pierres ? Qui donc a crié vers le Soleil ? Maintenant que l’astre est haut dans les cieux et que les choses apparaissent avec leurs formes coutumières que ne peut plus habiller l’imagination, Raymond ne voit que ce qui est : des palais en ruines et la solitude ! Mais Orellana fait glisser rapidement sa pirogue vers le rivage ; il aborde. Il ordonne au jeune homme de sauter avec lui sur la grève. Et quand ils approchent de la falaise, il lui fait signe d’écouter : la foule pieuse s’est enfoncée dans la terre ; la falaise résonne de chants intérieurs : « Et maintenant, viens, dit le vieillard. Ils sont descendus vers le Temple de la Mort mais nous y serons avant eux. »



    [1] Voir comte d’Ursel à son retour de Bolivie.

    [2] Les acclamations étaient si grandes, dit Sarmiento, qu’elles faisaient quelquefois tomber les oiseaux du haut des airs.

     

    La suite au prochain épisode!

  • A. Royer & B. Colin, A la recherche de la cité perdue

    cahier de vacances.jpgComme beaucoup d'enfants je me suis passionné pour les cahiers de vacances. Assis sur une chaise pliante dans un camping, sur la terrasse, à la plage ou chez mamie, le cahier de vacances a le goût des... vacances. En cette période de rentrée, voici donc un cahier de vacances qui correspond au thème de ce blog:

    Anne Royer & B. Colin dans A la recherche de la cité perdue proposent, comme les autres volumes de la collection "L'Enquête des vacances", une enquête au cours de laquelle il faut répondre à des questions afin de progresser.

    A la fois cahiers de révision et petits romans, les volumes de cette collection sont rédigés par un écrivain et un enseignant. A plusieurs reprises, afin de connaître la suite de l'histoire, il faut répondre à des exercices de mathématiques, de français, d'histoire-géographie et de sciences.

    L'ensemble est amusant et permet de réviser de manière ludique nombre de connaissances inscrites dans les programmes.

    A la recherche de la cité perdue est destiné aux élèves passant du CM2 à la 6ème (pour les 10-11 ans).

    La quatrième de couverture:
    Un puma géant qui rode dans la forêt, des ouvriers qui s'enfuient...Une sombre menace plane sur le chantier archéologique de Cuzco, la cité inca. Philibert et Garance, venus au Pérou avec leur père pour participer aux fouilles, ne se doutent pas que ces vacances risquent de leur coûter la vie!
    Mène l'enquête avec eux, pars sur la trace des fameux Incas, et résous les énigmes pour percer le mystère de la cité enfouie...

     

    royer a la recherche de la cité perdue.jpg

     

    Anne Royer et B. Colin, A la recherche de la cité perdue,
    L'Enigme des vacances, n°28, Nathan, 2008.

  • Gaston Leroux, L'Epouse du Soleil (35e épisode)

    Le Blog Les Peuples du Soleil vous propose aujourd’hui le trentième-cinquième épisode du grand roman de Gaston Leroux L’Epouse du Soleil.

    Illustration: vues de Cuzco

     

    UN CRI QUI VIENT DU CIEL

    À ces dernières paroles, la procession se remit en marche, et, en vérité, n’étaient les derniers soldats quichuas qui avaient apporté là, avec leur fusil, un fâcheux anachronisme, on eût pu penser que rien n’avait changé dans la plaine de Cuzco, depuis plus de quatre cents ans.

     

    Raymond avait enfin pu se dégager, mais partout il avait trouvé la foule, et il désespérait de se faire jour jusqu’à Marie-Thérèse quand il rencontra le lugubre vieillard qui l’avait conduit à la colline du singe qui danse.

     

    – Que cherches-tu ? un endroit pour voir ? lui demanda Orellana, viens avec moi et je te montrerai ma fille. Je connais le Cuzco mieux que les Incas, viens !… viens !…

     

    Encore une fois, Raymond se laissa conduire par le fou. Jusqu’alors il n’avait eu qu’à se louer de ses services ; il paraissait être un précieux guide et, comme ils avaient tous deux la même idée fixe, celle de se rapprocher de Marie-Thérèse, le jeune homme s’abandonna à Orellana.

     

    Le vieillard le fit entrer dans la ville par les bords du ravin Huatanay que traversent encore les vieux ponts bâtis par les conquistadors. Ils fuirent hâtivement la foule par des chemins détournés. Ainsi durent-ils faire le tour du prodigieux mur. Hatua Rumioc (qui veut dire : fait d’une grande pierre) qui ne craint aucune comparaison au monde pour la masse et la solidité ; ils passèrent près du Calcaurpata que la tradition dit avoir été le palais de Manco Capac lui-même, le premier roi Inca, le fondateur du Cuzco ; puis ils redescendirent vers la plaza principale, la Huacaypata, disaient les Incas jadis, disent encore les quichuas aujourd’hui ! Pour y arriver, Orellana fit traverser à Raymond le palais des vierges du Soleil (Acca-Huasi) où les filles de la maison royale étaient dès l’âgecuzco.jpg de huit ans confiées aux mammaconas, littéralement « mères institutrices ». Là, quinze cents jeunes filles, quoique vierges du Soleil, et vouées à son culte, étaient fiancées à l’Inca roi et lorsqu’elles arrivaient à l’âge nubile, les plus belles étaient transférées au sérail royal. Orellana, d’un geste et d’une parole qui lui étaient coutumiers montrait ces murs, ces chambres, ces cours et donnait des explications. C’était le métier qui le faisait vivre. Raymond le poussait devant lui avec colère, mais le vieillard ne s’émouvait pas pour si peu et disait : « Nous avons le temps. Je te promets que tu verras ma fille de si près que tu pourras lui parler. Arrête-toi et écoute la voix du passé et le chant des joueurs de quénia, la tête du cortège n’a certainement pas atteint encore San Domingo qui a été élevé sur les pierres mêmes du Temple du Soleil. Je n’ai jamais vu un visiteur aussi peu curieux que toi. Sache que ce cloître antique des vierges du Soleil est toujours habité par la vertu et par la prière. Les chrétiens en ont fait un couvent sous les auspices de Santa Catalina ! » Raymond s’enfuit, courut au bruit que faisait le cortège en se rapprochant. Mais l’autre courait derrière lui en lui criant : « Paie-moi, au moins, paie-moi ! donne-moi mon dû !… » Raymond lui jeta une poignée de centavos que le vieillard ramassa. Descendant toujours vers la plaza principale, animé par la fureur d’avoir perdu son temps avec le vieillard évocateur du passé, il se heurta à nouveau aux derniers rangs de la foule indienne et il fut très heureux de retrouver Orellana une fois de plus qui le tirait par un pan de son punch. « Te voilà bien avancé, lui disait le vieillard, tu ferais mieux de rester avec moi. Je connais un petit couloir de la nuit qui nous conduira au Soleil, sur la plus haute pierre de l’ancien temple élevé au page du Soleil, qui est la divine Vénus qu’ils appellent Chasca ou le jeune homme aux cheveux longs et bouclés. » Orellana avait pris la main de Raymond avec autorité et il le fit descendre dans une cave où ils trouvèrent un escalier qu’ils gravirent et au bout duquel ils furent, en effet, en plein soleil et au sommet de la place centrale. Ils étaient certainement les mieux placés pour voir la cérémonie, et le cortège et le peuple qui accourait, car toutes les rues aboutissaient à cette place comme les rayons au moyeu d’un char.

    cusco gravure.gif

    Ils étaient sur l’une des plus hautes pierres de ces temples qui entouraient jadis le Temple du Soleil, ruines consacrées à la lune, aux « armées du ciel » qui sont les étoiles, l’arc-en-ciel, à l’éclair, au tonnerre… murailles toujours debout, mais temples changés en boutiques, en ateliers, en écuries.

     

    Penché à tomber, s’il n’avait été retenu par le fou plus sage que lui, Raymond regardait… mais il ne voyait pas encore les porteurs de litière, le trône d’or où Marie-Thérèse, à côté de la momie du Roi, avait déjà une attitude de momie. Le commencement du cortège fit le tour de la place dans l’ordre qui avait été dit à la sortie du Sacsay-Huaynam. Tous les « serviteurs » avaient fait reculer la foule qui, tout à coup, se prosterna avec de grands cris et d’immenses gémissements. La litière d’or venait d’apparaître et le roi Huayna Capac revoyait pour la première fois, depuis bien des siècles, le centre du monde, l’Ombilic dont il avait été le maître, la place sainte, la Huacaypata où se dressaient les piliers des équinoxes devant le Temple du Soleil. La piété, autour de cette grande ombre souveraine et de ce prodigieux souvenir revivant, fit s’agenouiller tout ce peuple qui en oublia sa haine pour l’étrangère, pour la Coya immobile, avec, dans ses bras, son petit d’étranger.

     

    La litière fut amenée au centre même de la place. Alors, tout le peuple se releva avec une clameur d’allégresse, car, autour de la litière, les caciques et tous les chefs, et tous les nobles et les amputas qui sont les sages, se tinrent par la main et commencèrent à tourner, à danser en rond comme autrefois, quand ils tenaient chacun un anneau de la chaîne d’or et qu’ils dansaient la danse de la chaîne. Mais ils n’avaient plus la chaîne, car chacun sait qu’en apprenant la mort d’Atahualpa, les nobles de Cuzco s’en furent jeter cette chaîne au plus profond du lac Titicaca pour qu’elle ne tombât point aux mains du vainqueur puisqu’elle ne pouvait plus servir à la rançon du vaincu[1].

     

    La danse sacrée de la chaîne d’or déroulait rythmiquement ses anneaux quand un événement inattendu vint en troubler la belle harmonie. Un cri, un appel retentissant sembla descendre du ciel ! Recuerda ! (souviens-toi !). Ce mot espagnol, qui avait été le signal de la tentative d’enlèvement de Marie-Thérèse dans la Maison du Serpent, fit tressaillir la Coya qui, sur son trône, avait paru jusqu’alors aussi morte que son compagnon, le Roi Mort. L’enfant qu’elle tenait dans ses bras releva la tête et tous deux, maintenant, les yeux au ciel cherchaient d’où pouvait bien leur venir cette parole d’espoir.

     

    « Oh ! mon Dieu, murmuraient les lèvres tremblantes de Marie-Thérèse, n’as-tu pas reconnu la voix de Raymond, Christobal ? – Oui ! oui ! dit l’enfant, je l’ai reconnue. C’est Raymond ! Il vient nous sauver ! »…

     

    Où était-il ? Où se cachait-il ? La voix venait d’en haut. Ils regardèrent vers les étages de pierre où s’étaient hissés les groupes mouvants des Indiens. Mais comment le reconnaître parmi cette foule ? Comment le voir ? Comment savoir d’où viendrait le salut ? car, maintenant, puisqu’ils avaient entendu sa voix, ils ne désespéraient plus tout à fait. Et ils firent ainsi, du regard, le tour des pierres et ne le virent point. Alors le mot retentit de nouveau au-dessus de leurs têtes et si fort qu’il fut entendu de toute la place et des rues avoisinantes : Recuerda !

     

    La fête en fut arrêtée, la danse suspendue. Toutes les têtes étaient tournées vers le ciel et un murmure hostile commençait de monter de cette foule qu’un mot espagnol faisait sortir de son rêve de renaissance et de liberté. Pourquoi Recuerda. ! Souviens-toi ! De quoi donc devait se souvenir cette foule ? Qu’elle était esclave ? Et que ces réjouissances qui essayaient de faire revivre un passé aboli ne dureraient que l’espace d’un jour ? Et que le soleil de demain, oubliant le soleil d’aujourd’hui, éclairerait à nouveau sa servitude ? On vit Marie-Thérèse se dresser sur son trône d’or avec le petit d’étranger dans les bras ; elle revivait à ce cri qui apportait le trouble dans les jeux sacrés. Et tous, levant plus haut leurs regards, aperçurent enfin, sur la plus haute pierre de l’azur, une silhouette penchée qui tendait la main vers la Coya et lui criait : « Marie-Thérèse ! Marie-Thérèse !… » Et la Coya cria à son tour : « Raymond ! » Alors, tous comprirent qu’il y avait là-haut quelqu’un qui n’était point de leur race et qui était venu leur prendre, pour l’emporter avec lui, l’âme de la Coya.

     



    [1] Des historiens prétendent que cette chaîne d’or était si grande qu’elle pouvait faire le tour des murailles du Cuzco.

     

    La suite au prochain épisode!

  • Gaston Leroux, L'Epouse du Soleil (34e épisode)

    Le Blog Les Peuples du Soleil vous propose aujourd’hui le trentième-quatrième épisode du grand roman de Gaston Leroux L’Epouse du Soleil.
    Une petite précision: il semblerait que la lecture de la suite des billets consacrés à L'Epouse du Soleil  soit difficile voire impossible avec les anciennes versions d' Internet Explorer. Si vous avez ce genre de difficultés, merci de me le signaler dans les commentaires afin que je puisse tenter de les régler.

    Illustration: Inti Raymi 2009. L'Inti Raymi (fête du soleil)  a lieu chaque année à Cuzco au solstice d'hiver (vers le 24 juin, nous sommes dans l'hémisphère sud)

     

     

     

    LE CORTÈGE DE L’INTERAYMI

    Il lui fit traverser tout Cuzco. Et Raymond ne voyait rien de l’antique Cuzco cyclopéen sur lequel est construit le Cuzco mo­derne ; il passait au milieu de cette ville prodigieuse qui fut élevée, sans doute, par des géants ou par des dieux, car les blocs de granit et de porphyre dont elle est faite, n’ont pas bougé depuis qu’une force inconnue aux hommes de notre temps les a amenés là. Et ils ne bougeront jamais, et ils mourront avec la terre, cependant que le souffle du ciel ou le tremblement des monts aura depuis longtemps fait dispa­raître les petites bâtisses des conqui­stadors. Il passait aveugle au milieu de ces effarants vestiges du passé. Il marchait, suivant la foule, suivant le vieillard qui le conduisait à une nouvelle étape du martyre de Marie-Thérèse.

     

    Ils sortirent de la ville, et Orellana, le prenant par la main, comme il eût fait d’un enfant, lui fit gravir un monticule appelé, en quichua, qqiiisillo Hungu-Ina (l’endroit où danse le singe). Là, ils durent gravir un des blocs granitiques sculptés et transformés par les travailleurs incas en terrasses, en galeries, en marches géantes. D’innombrables Indiens couvraient déjà ces pentes surnaturelles et tous avaient les regards tournés vers le Sacsay-Huaynam, la colline de pierre, le fort cyclopéen, pre­mier témoin de la grandeur des Anciens Ages. Sa longueur dépasse mille pieds et il possède trois murs d’enceinte montant les uns au-dessus des autres et creusés de niches où, ce jour-là, comme autrefois, s’abritaient les sentinelles.

     

    Tous les yeux étaient donc tournés vers le Sacsay-Huaynam, et tous les yeux, sur le Sacsay-Huaynam, regardaient l’Intihuatana, qui est le pilier où l’on attache le Soleil !

     

    Orellana, de sa voix cassée, expliquait comme un guide qui ne saurait perdre l’habitude d’expliquer : « Vous voyez, senior, le pilier qui servait aux Indiens à mesurer le temps. C’est lui, aujourd’hui, qui distribue, comme il convient, les heures de la fête. C’est une pierre religieuse érigée pour fixer l’époque précise des équinoxes. C’est pourquoi on l’appelle Intihuatana « où l’on attache le Soleil ». Ah ! ah ! attention !… tenez !… voilà la procession qui commence !… Il faut que vous sachiez que les couloirs de la nuit s’étendent sous la ville et la campagne entre la Maison du Serpent et le Sacsay-Huaynam[1]. Quand ma fille sortira des couloirs de la nuit, ce sera pour faire le tour du Sacsay-Huaynam et le tour de l’Intihuatana. Alors, le Soleil ayant été détaché par le grand-prêtre, la procession s’en ira vers les portes de la ville. »

     

    inti raymi 2009.jpgEn effet, Raymond voyait maintenant très distinctement tout un cortège qui se formait autour des murailles et il distingua, en tête, Huascar qui donnait des ordres. Alors, il ne s’occupa plus d’Orellana et courut de ce côté et se rapprocha le plus qu’il pût de la procession, sans parvenir toutefois à percer les rangs des premiers Indiens qui remplissaient l’air de leurs cris. Il n’était pas trop loin du pilier à mesurer les solstices. Il put voir que cette colonne solitaire, placée au centre d’un cercle, toute chargée de guirlandes de fleurs et de fruits, était surmontée d’un trône doré. Exclusivement réservé au Soleil[2], ce trône, qui avait disparu depuis des siècles, avait été apporté là avant l’aurore, du fond des couloirs de la nuit. Étourdi par les cris, les chants, les bousculades, Raymond dut attendre là pendant plusieurs heures, luttant avec une astuce silencieuse pour garder sa place. Il ne voyait plus Huascar et il finit par comprendre que les quelques prêtres qui tournaient incessamment autour de l’Intihuatana attendaient l’heure de midi.

     

    Enfin, il revit Huascar qui avait revêtu une chape d’or qui brillait comme le Soleil lui-même. Tourné vers le fauteuil du Soleil, le grand-prêtre attendit quelques secondes. Puis il cria en aïmara cette phrase qui fut répétée de toutes parts en quichua et en espagnol : Le dieu est assis dans toute sa lumière sur la colonne ! Et, après avoir attendu encore quelques secondes, il frappa dans ses mains et donna le signal de la marche de tous. Le dieu était délivré, c’est-à-dire qu’après avoir visité son peuple, il continuait librement son chemin dans les cieux. Le peuple le suivit sur la terre, de l’est à l’ouest.

     

    Ce fut d’abord le cortège sacré qui s’ébranla, Huascar en tête, suivi de quelques centaines de serviteurs du dieu, habillés simplement et employés à débarrasser le chemin de tout obstacle et chantant dans leur marche les chants de triomphe. Puis une centaine de personnages leur succédèrent, vêtus d’une étoffe éclatante, à carreaux rouges et blancs, disposés comme les cases d’un échiquier. À leur aspect, le peuple cria : « les amautas ! les amautas ! » c’est-à-dire : les sages, et il leur fit fête. Puis d’autres vinrent qui étaient tout en blanc, portant des marteaux et des massues en argent et en cuivre : c’étaient les « appariteurs » du palais royal ; puis les gardes ainsi que les gens de la suite immédiate du prince qui se distinguaient par une riche livrée azur et par une profusion d’ornements éclatants, enfin les nobles qui avaient d’énormes pendants d’oreilles. Toute la procession descendait du Sacsay-Huaynam vers la plaine et ce fut le tour de la vaste litière qui portait le double trône d’or, d’apparaître aux yeux éblouis du peuple assemblé. Mille acclamations montèrent vers elle, à l’aspect du Roi défunt et de sa compagne vivante, cris mêlés d’enthousiasme pour le descendant de Manco-Capac et de haine sauvage pour celle qui représentait la race conquérante, la victime qu’on allait offrir en holocauste à l’astre du jour. Sur tous les gradins, une clameur funèbre la salua : « Muera la Coya ! Muera la Coya ! » (à mort la reine ! à mort la reine !) Marie-Thérèse paraissait déjà aussi morte que le roi, son compagnon. Elle se laissait balancer au rythme des pas des nobles Incas, porteurs de la litière. Elle était d’une beauté de statue et aussi blanche que le marbre le plus blanc et elle avait toujours dans les bras le petit Christobal, comme une Vierge Marie, l’Enfant-Jésus.

     

    On leur avait enlevé, à la sortie des couloirs de la nuit, leur robe de chauve-souris pour leur faire revêtir la tunique de laine de vigogne si fine qu’elle avait l’apparence de la soie. Les deux mammaconas qui devaient mourir venaient derrière la litière, la tête entièrement recouverte de leurs voiles noirs. Les autres mammaconas et les trois gardiens du Temple avaient disparu. Enfin, le cortège se terminait par une compagnie très mêlée de soldats quichuas qui avaient le fusil sur l’épaule et qui marchaient au pas, au son des flûtes d’os de mort ; les joueurs de quénia fermaient la marche.

     

    Le contraste était assez savoureux du spectacle de ce cortège antique et de ce bout d’armée moderne, mais seul l’oncle Ozoux eût pu en jouir, et l’oncle Ozoux n’était pas là ! Quant à Raymond, aussitôt qu’il avait aperçu Marie-Thérèse, il était devenu comme fou.

     

    Ne pouvant pénétrer plus avant dans la foule, il s’était rué en arrière pour pouvoir courir vers les portes de la ville où il espérait bien se placer directement sur le passage du cortège. Mais au moment où il atteignait les derniers degrés de la colline du singe qui danse, il fut immobilisé par la foule immobile, tournée vers le sommet du Sacsay-Huaynam où apparaissaient tout en haut de la plus haute tour, la silhouette éclatante rouge dans l’azur d’un prêtre, dont la voix se répandait sur la plaine.

     

    Raymond reconnut le prêcheur de la pierre du sacrifice, le moine rouge de Cajamarca. Et il sut qui il était, car autour de lui on murmurait : « le grand officier des quipucamyas », c’est-à-dire des « gardiens du quipus », c’est-à-dire des gardiens de l’Histoire. Et, la voix descendue du Sacsay-Huaynam, chantait, pendant que le cortège s’était arrêté, la gloire d’autrefois ; puis elle rappela le jour où l’Étranger était entré, pour la première fois, dans cette plaine, avec son armée diabolique, après la mort d’Atahualpa. Le soleil comme aujourd’hui inondait de ses rayons la cité impériale, où tant d’autels étaient consacrés à son culte. Alors, d’innombrables édifices, dont il ne devait faire que des ruines, couvraient de leurs lignes blanches le centre de la vallée et les pentes inférieures des montagnes. La multitude des Incas s’en était allée au-devant de son nouveau maître, dans la terreur où l’avait jetée l’affreux sacrilège, le crime qui avait frappé la divinité sur la terre. Et ils avaient regardé avec épouvante ces soldats dont les exploits avaient retenti dans les parties les plus reculées de l’Empire. Ils avaient contemplé, étonnés, leurs armes brillantes, le teint de leurs visages si blancs, qui semblaient les proclamer les véritables enfants du Soleil : ils avaient écouté avec un sentiment de crainte mystérieuse la trompette qui jetait ses sons prolongés à travers les rues de la capitale et le sol qui résonnait sous les pas pesants des chevaux[3]. Et ils avaient fini par se demander, en ce temps-là, de quel côté était l’imposture, car le chef des Étrangers traînait avec lui Manco, le descendant des rois, et agissait en son nom, et commandait en son nom ! Quand le soleil s’était caché, ce jour-là, derrière les Cordillères, on eût pu croire que l’Empire des Incas avait vécu !

     

    Mais il n’en est rien, reprenait la voix, avec une force nouvelle. Il n’en est rien puisque le soleil brille toujours sur ses enfants, puisque les Andes nourricières dressent encore leurs pics dans les cieux, puisque Cuzco[4], le nombril du monde, tressaille toujours à la voix de ses prêtres, puisque dans la plaine sacrée, le Sacsay-Huaynam et l’Intihuatana sont toujours debout et puisque se déroule aux pieds des murailles saintes, comme jadis, le cortège de l’Interaymi ! »

     



    [1] Ces souterrains, ces couloirs de la nuit, existent en réalité et forment un véritable labyrinthe, non seulement sous la ville, mais sous toute la province. Voir tous les auteurs anciens et modernes qui ont parlé du Pérou.

    [2] L’époque des équinoxes était célébrée par des réjouissances publiques. Le gnomon était surmonté par le trône doré du Soleil ; dans ce temps, ainsi qu’aux solstices, les colonnes étaient ornées de guirlandes et l’on faisait des offrandes de fleurs et de fruits pendant que, dans tout l’empire, on célébrait une grande fête. C’était au moyen de ces périodes que les Péruviens réglaient leurs rites et leurs cérémonies religieuses et prescrivaient la nature des travaux de l’agriculture. L’année même commençait à la date du solstice d’hiver. Les conquérants espagnols abattirent la plupart de ces colonnes comme sentant l’idolâtrie. (Garcilasso, Retangos, Acosta.)

    [3] Cette entrée de Pizarre a Cuzco avait lieu le 15 novembre 1533. Il ne peut y avoir de meilleure relation à ce sujet que le récit de Pedro Sancho et la lettre des magistrats de Xauxa que Prescott a suivi dans le texte. Les Espagnols étaient tout au plus cinq cents contre tout ce peuple.

    [4] Le Cuzco veut dire en quichua l’Ombilic.

     


    La suite au prochain épisode!

     

     

  • Bernard-Clément Swysen & André-Paul Duchâteau, L'Epouse du soleil

    Une partie de l’œuvre de Gaston Leroux a été adaptée dans la collection BDétectives publiée Claude Lefrancq Editeur par entre 1989 et 1997. BDétectives proposent des adaptations de nombreuses œuvres (43 en tout) ressortissant du domaine policier comme Sherlock Holmes, Arsène Lupin, Fantômas, Le Marquis, Nero Wolfe, L’Abbé Brown,…

    Pour ce qui concerne la série Rouletabille, ce sont en tout huit albums qui furent édités (numéro dans la série Rouletabille – Titre – numéro dans la collection):
    1- Le Fantôme de l'Opéra (n° 3)
    2- Le mystère de la chambre jaune (n° 10)
    3- Le parfum de la dame en noir (n° 14)
    4- La poupée sanglante (n° 22)
    5- La machine à assassiner (n° 25)
    6- L'épouse du soleil (n° 33)
    7- Le trésor du Fantôme de l'Opéra (n° 38)
    8- La double vie de Théophraste Longuet (n° 40)

    Tous ces albums sont signés Bernard-Clément Swysen pour le dessin et André-Paul Duchâteau pour le scenario.
    La lecture des différents titres amène tout de suite à lever une ambiguïté : non Rouletabille n’apparaît pas dans toutes les œuvres originales, seulement dans les célèbres Le Mystère de la chambre jaune et Le Parfum de la dame en noir, les autres romans se voient adjoindre Joseph Rouletabille le reporter détective qui occupe dans les adaptations le rôle de personnage principal. Cette entorse aux œuvres originales permet donc à l’éditeur de mettre en avant un personnage fort connu au prix d’une modification tout de même importante du texte original. On ne demande pas l’absolue fidélité mais cela peut se révéler gênant.
    Pourtant ces adaptations ont permis de renouer avec une part de l’œuvre de Gaston Leroux un peu oubliée : La Poupée sanglante et La Machine à assassiner forme un diptyque d'excellente qualité.

    L’Epouse du soleil que les lecteurs, sans oublier les lectrices, de ce blog dont certains sont amateurs de bande dessinée peuvent suivre encore pour quelques temps en feuilleton reste une œuvre agréable à lire dans cette collection de bande dessinée mais sans doute à réserver à un jeune public.

     

    rouletabille l'epouse du soleil.jpg

    Bernard-Clément Swysen & André-Paul Duchâteau, L'Epouse du soleil,
    série Rouletabille, n° 6,
    collection BDétectives, n° 33,
    Claude Lefrancq Editeur, 1996