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civilisation cachée

  • Marcello, Nick Silver, Au Coeur du Brésil

    Les histoires de civilisations cachées dans lesquelles survivent les rites ancestraux sont nombreuses. Marcello, mort en 2008 (pour lire le bel hommage de Kastet, cliquez ici), a utilisé ce thème dans l'une de ses premières bande dessinées: Nick Silver.

    Je remercie Nasdine Hodja du Forum PIMPF de m'avoir signalé cette publication.

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    Nick Silver est paru dans la collection Victoire ( 1948-1950) publiée par la SAGE (une des grandes maisons d'édition de la bande dessinée populaire). Dans l'épisode Au Coeur du Brésil, petit récit de 12 pages publié dans un format à l'italienne comme de nombreuses BD de l'époque, Nick Silver et son amie Janine découvre une tribu oubliée qui continue à pratiquer les sacrifices humains dans les ruines d'une cité précolombienne.

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    Marcello ,Nick Silver, Au coeur du Brésil, collection Victoire, SAGE, 1950.

  • Guy d'Antin, Les Oiseaux de foudre

    Grâce à Ignatz Mouse du forum A propos de littérature populaire m'a indiqué un titre que je ne connaissais pas. Il s'agit de Les Oiseaux de foudre. Pour ce qui est de la signature dans l'édition française, c'est un peu compliqué, nous allons y venir.

    Voici le petit résumé d'Ignatz:

    Arrivés sur place, Barnes et son équipe se retrouvent au milieu d'une deuxième guerre : l'ami destitué était en fait descendant des rois incas et seul gardien du trésor de ces rois. Un faction rivale inca menée par des prêtres au sein d'une population cachée dans une vallée perdue mais "protégée par des cellules photo-électriques" dans les Andes ( la vallée des Ailes de la Mort ) veut récupérer ce trésor : ils utilisent les Ailes de la Mort, des missiles téléguidés déguisés en condors géants.

    extrait :
    "Et tous comprirent que ces descendants des incas avaient atteint un haut degré de connaissances et d'ingéniosité en mécanique et en chimie, la preuve de leur talent était patente"
    ( p. 191 )


    Autre extrait qui, lui, me pose un problème sachant que Guy D'Antin est également traducteur des Doc Savage ( Monk Morton est ici un aviateur ennemi de Bill Barnes. ) :

    "Monk... était un individu d'aspect repoussant, avec des bras trop longs, semblables à ceux d'un singe, une tête sphérique, hérissée de sourcils proéminents et flanquée d'une machoire étrange - l'ensemble lui avait valu son simiesque surnom de Monk l'rorang"

    Pour ceux qui ne connaissent pas Doc Savage, il s'agit de la description de Monk, un des amis du Doc.

    La collection Aventures dans laquelle est paru ce titre se contentait de traduire des pupls américains (ces ouvrages de peu de prix aux couvertures souvent colorées) pendant les années 1930.

    Pour la paternité du texte, il va falloir suivre un peu:

    > en France, il est signé Guy D'Antin, probalement le nom du traducteur.
    > aux Etats-Unis, le texte est paru sous le titre
    "Wings of Death" signé George L. Eaton dans le pulp "Bill Barnes Air Adventures" en mars 1934.
    > George L. Eaton est un pseudonyme collectif utilisé par les éditions Street & Smith.
    > Pour ce roman, le pseudonyme maison cache le nom de l'auteur qui est le Major Malcolm Wheeler-Nicholson.

    Vous avez suivi?

     

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    Guy d'Antin, Les Oiseaux de foudre, Jacques Barnès, chevalier du ciel,
    collection Aventures, sans nom d'éditeur, fin années 1930

  • Capitaine Ricardo, Le Fils du Soleil

    Au Pérou, le criminel Huan l’Oriental fuit la police aux abords du lac Titicaca. Alors que tout semble perdu pour lui, i les réfugie dans une crevasse, chute et se retrouve dans une grotte qu’il explore pour finalement découvrir des Incas fanatisés par un Grand Prêtre priant pour le retour du Fils du Soleil qui rendra la liberté au royaume des Incas.

    Grâce à des bombes fumigènes, Huan réalise la première partie de la prophétie (le Fils du Soleil renaîtra du tonnerre et dans un nuage) et avec sa maîtrise de la catalepsie acquise lors d’un voyage en Inde il triomphe facilement de l’épreuve de la mort de trois jours. Il peut rêver du rang de roi et même de celui de maître du Monde ! (rien que cela !)

    Pour fêter ce retour inespéré, le Grand Prêtre exige le sacrifice d’une jeune vierge de pur sang inca.

    Maria, accompagne de sa mère Thérésa, attend le retour de son fiancé Felipe quand elle est enlevée pour le sacrifice. Apprenant le rapt, Felipe se lance à la poursuite des ravisseurs tandis que Thérésa court prévenir la police.

    Felipe découvre le repaire des fanatiques, se glisse parmi eux et grâce aux bombes fumigènes qu’il a subtilisé à Huan, à libérer Maria. Mais ils vont être repris.

    Non loin de là, Victor Vicent, Jenny, Morrison (il s’appelle pour de vrai Jim Morrisson !) et Epervier Volant, nos quatre intrépides héros, font du tourisme. Ils viennent au secours de Thérésa menacée par un jaguar. Ni une ni deux, mis au courant du danger qui menace Maria et Felipe, nos héros s’en vont les secourir. Au moment où les Incas vont reprendre les deux fiancés, ils sauvent Maria mais Felipe reste au pouvoir des fanatiques. Alors qu’ils mettent les femmes à l’abri, ils se retrouvent piégés dans une galerie hermétiquement close qui commence à se remplir d’eau !

    Comment vont-ils se sortir de ce mauvais pas ?

    Je n’en sais rien car le fascicule s’arrête là, annonce une suite ( La Montagne d’argent) que je ne possède pas. C’est un petit peu le problème avec ces interminables collections de fascicules (Les Nouvelles aventures de Victor Vincent en compte près de 400 !) : on les rassemble peu à peu, au petit bonheur la chance, et elles restent longtemps parcellaires.

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    Capitaine Ricardo, Le Fils du Soleil,
    collection Les Nouvelles aventures de Victor Vincent, n° 191,
    Editions G. Van Loo, sans date (années 1945-1950)

  • Gaston Leroux, L'Epouse du Soleil (46ème épisode)

    Le Blog Les Peuples du Soleil vous propose aujourd’hui le quarantième-sixième épisode du grand roman de Gaston Leroux L’Epouse du Soleil.


    BIENHEUREUSE APPARITION

    Ce fut alors seulement que Natividad expliqua, sans que personne ne lui demandât, qu’après la funeste tentative de la Maison du Serpent ils avaient été jetés tous deux, M. Ozoux et lui, au fond d’un cachot où ils étaient restés quatre jours et dans lequel l’illustre membre de l’Institut avait pu se rendre un compte exact de la réalité de son aventure. Au bout de ces quatre jours, ils avaient trouvé la porte de leur prison ouverte et s’étaient sauvés sans avoir même eu le temps de demander des nouvelles du marquis. À ce moment, en effet, tous les Indiens abandonnaient précipitamment le Cuzco et s’enfuyaient dans la montagne. Ignorant à quelle catastrophe nouvelle ils avaient affaire, Natividad et François-Gaspard avaient couru vers Sicuani, où ils prenaient le train, et c’était justement cette catastrophe qui les avait sauvés. Veintemilla venait de surprendre et de battre « à plate couture » les troupes de Garcia, indisciplinées et abruties par les fêtes de l’Interaymi. Des milliers de quichuas, soldats et civils, avaient été balayés du Cuzco en quelques heures par les quatre escadrons d’escorte qui étaient restés fidèles au président de la République et à la tête desquels celui-ci avait chargé pour tenter, par un effort suprême, de ramener la fortune. Ces cinq cents hommes, de sang espagnol, avaient vaincu les Incas comme jadis Pizarre, dans ces mêmes plaines de Xauxa et sous ces mêmes murs qui continuaient d’assister, avec l’impassibilité des choses immortelles, à la lutte des races.

    Garcia avait dû s’enfuir en Bolivie. Il allait se faire sauter la cervelle quand la nouvelle d’une révolution au Paraguay lui redonna le goût de la vie et il passa la frontière du Paraguay avec tout son ministère péruvien, à la grande joie du président de la République en Bolivie.

    Partis de Sicuani, Natividad et Ozoux ne s’étaient arrêtés qu’à Mollendo, et ils comptaient bien y rencontrer le marquis, si le nouveau destin de la République lui avait également ouvert les portes de sa prison. En ce qui concernait Raymond, qui avait pu s’enfuir, ils n’espéraient plus le revoir qu’à Lima « après qu’il aurait tout tenté pour sauver Marie-Thérèse ! »

    C’était la première fois qu’ils prononçaient son nom depuis qu’ils avaient retrouvé le jeune homme. Celui-ci vit qu’ils le regardaient avec une angoisse réelle. Une touchante douleur était peinte sur le visage de François-Gaspard : « Mon oncle ! elle est morte ! » Et il se jeta dans ses bras. François-Gaspard pleura et embrassa son neveu avec une grande, une véritable tendresse. Raymond s’arracha de son étreinte, tout secoué de sanglots, et ils le laissèrent s’éloigner le long de la plage où le flot retentissant les retenait prisonniers depuis plus de dix jours. Le Pacifique les trahissait à son tour et s’opposait à leur embarquement.

    « Pauvre Raymond ! Pauvre Marie-Thérèse !… Pauvre petit Christobal ! » gémissait François-Gaspard. Il avait fallu de pareils malheurs pour que le bon cœur de l’oncle Ozoux se montrât dans toute sa nudité, jadis trop habillée de froide et mauvaise littérature officielle. Il se reprochait amèrement d’avoir affiché, au commencement de l’expédition et jusqu’au Cuzco, une attitude indifférente qui avait justement outré ses compagnons, mais pouvait-il se douter ?… Une pareille chose !… Cette pauvre jeune fille… ce pauvre petit garçon !… Mais c’était affreux !… Qui est-ce qui aurait pu croire ça ?… En France, on ne le croirait jamais ! jamais !… il aurait beau le raconter dans des conférences, avec projections et preuves à l’appui… non, on ne le croirait pas. C’était terrible ! Il pleurait et Natividad aussi pleurait. « Cette fois, disait celui-ci, il faudra bien que Veintemilla m’entende. Il nous vengera ; que dis-je ? Il nous a déjà vengés par ses victoires. Le Pérou lui doit tout. C’est un grand homme. Garcia nous aurait fait retomber dans la barbarie ! Il l’a bien prouvé dans toute cette affaire et nous avons failli être ses victimes ! »

    Huit jours encore se passèrent. Tant qu’on ne put prendre le bateau pour Callao, Ozoux et Natividad surveillèrent le désespoir de Raymond, mais celui-ci avait un calme qui les trompa et, quand ils furent à bord, Natividad et Ozoux se permirent de le questionner sur les événements terribles auxquels il avait assisté. Il leur raconta tout ce qu’il avait vu dans le Temple de la Mort et l’agonie de Marie-Thérèse. Cette narration, faite d’une voix simple et singulièrement paisible, fut écoutée avec horreur par Natividad et François-Gaspard qui s’enfuirent aussitôt dans leur cabine où ils s’enfermèrent pour pleurer, sans être dérangés, sur le cahier de notes qui allaient fixer un si étrange récit.

    Raymond, appuyé au bastingage, regardait maintenant venir à lui cette côte qu’il avait récemment abordée avec tant de bonheur et où dans une heure il allait mourir. Ah ! le Pérou de Pizarre et des Incas ! le pays fabuleux de l’or et de la légende ! la terre de sa jeune ambition et de son amour ! Mort son amour ! morte son ambition ! Seule vivait toujours la légende dont il avait ri ! et qui avait tué tout cela ! et qui allait le tuer, lui, après Marie-Thérèse, pour avoir ri, ri de ce que racontaient les deux vénérables vieilles dames tombées d’un tableau de Vélasquez et qui semblaient avoir tant de mal à se relever : la tante Agnès et la duègne Irène qui racontaient de si curieuses histoires autour du bracelet-soleil d’or !…

    Comme la première fois, ce fut lui qui se jeta le premier dans la petite embarcation du batelier criard, mais cette fois il n’eut point besoin de demander où se trouvait la calle de Lima. Et ses yeux ne quittèrent plus cet endroit de la ville où il avait couru si plein d’espoir, où l’avait attendu Marie-Thérèse !…

    Hélas ! aujourd’hui, après avoir abordé, c’est sans hâte qu’il gravit les petites ruelles, qu’il pénètre dans leur labyrinthe, qu’il glisse dans l’ombre des arcades et qu’il atteint enfin l’étroit carrefour d’où l’on aperçoit la véranda !… C’est là qu’il avait entendu sa voix, c’est là qu’il venait la chercher tous les soirs, c’est là qu’un soir il ne l’avait plus trouvée. Jamais plus elle ne reviendra la pauvre Marie-Thérèse… jamais plus elle ne pliera, sous le poids des gros registres verts, sa souple taille où s’enroulait la chaîne d’or qui retient le crayon pour les chiffres… jamais plus il ne l’entendra discuter de sa jolie voix claire le prix et la qualité du guano… jamais plus elle ne se penchera à la fenêtre pour voir s’il arrive… Et Raymond s’avance, et, tout à coup, il s’arrête et chancelle. Sa main se porte à son cœur. Ah ! cette fois, il va mourir ! Tant mieux ! N’est-il pas venu ici pour cela !… Cette apparition, là-bas, à la fenêtre de la véranda, lui fait trop de mal… Il étouffe !… C’est la plus cruelle des hallucinations !… ou bien, c’est peut-être vrai que les ombres, après la mort, viennent errer autour des endroits qui leur furent chers… car il voit, il voit l’ombre de Marie-Thérèse… et ces ombres ont certainement le pouvoir de se montrer à ceux qui les ont aimées !… L’ombre de Marie-Thérèse est à la fenêtre… Dieu ! comme elle est pâle… elle est diaphane… quel visage de tristesse et de mort ont les ombres des morts qui viennent se promener dans la vie… Elle se penche comme autrefois… elle tourne la tête comme autrefois… elle a tous les gestes d’autrefois… mais ce sont des ombres de gestes… Et Raymond ose à peine murmurer : « Marie-Thérèse ! » de peur que toute cette ombre ne s’efface, ou qu’au seul son de sa voix ne s’évanouisse sa bienheureuse hallucination… À pas prudents il s’avance… il glisse avec la précaution d’un enfant qui s’apprête à saisir un papillon et qui a la crainte de le voir s’envoler… et son cœur bat, son cœur bat… son cœur se gonfle… son cœur va éclater… car c’est bien un grand cri vivant qui s’échappe des lèvres de l’ombre !… « Raymond ! » – « Marie-Thérèse ! »…

    Encore une fois ils sont dans les bras l’un de l’autre…

    Il serre la chère ombre et il ne se doute pas qu’elle, comme lui, pourrait croire ne serrer qu’une ombre. Ils ont tant souffert, tous les deux ! tant souffert !… Ils défaillent aux bras l’un de l’autre… Ils tomberaient si on ne les entourait, si on ne les soutenait !… Voilà les bonnes vieilles dames, Agnès et Irène, qui retiennent, en pleurant, Marie-Thérèse sous les bras. Et le marquis, plus vaillant, a couru dans la calle et ramène Raymond à son bras… et tous pleurent, pleurent !… Il n’y a que le petit Christobal qui ne pleure pas, mais qui saute de joie à la porte du bureau, en revoyant son bon ami Raymond, et qui tape d’allégresse dans ses menottes… « Je te l’avais bien dit, Marie-Thérèse, qu’il n’était pas mort !… Tu vas guérir maintenant !… Tu vas guérir ! »

    Et Marie-Thérèse, dans les bras de Raymond, dit :

    – Je savais bien, moi, que, s’il devait revenir, c’est ici qu’il reviendrait !… mais est-ce bien toi ?… est-ce bien toi, mon Raymond ?…

    – Et toi, Marie-Thérèse, est-ce toi que je tiens dans mes bras ?

    – Oh ! Marie-Thérèse a été bien malade, et nous avons cru qu’elle allait mourir, fait le petit Christobal pendant que les deux vieilles sanglotent et que le marquis se mouche, mais on l’a guérie, en lui disant que Raymond n’était pas mort ! Moi je lui disais : « Tu verras ! le bon Huascar l’aura sauvé aussi, c’est sûr !… » Huascar nous a tous sauvés, tous ! Il faudra bien l’aimer quand il reviendra à la maison… Papa le dit bien : sans lui, nous serions tous morts !… Mais maintenant il ne faut plus mourir. »

    La suite au prochain épisode!

  • Gaston Leroux, L'Epouse du Soleil (45ème épisode)

    Le Blog Les Peuples du Soleil vous propose aujourd’hui le quarantième-cinquième épisode du grand roman de Gaston Leroux L’Epouse du Soleil.


    DERNIER CHAPITRE DANS LEQUEL IL EST PROUVÉ QUE LES AMOUREUX NE DOIVENT JAMAIS DÉSESPÉRER DE LA PROVIDENCE

    Un matin que le petit bateau a vapeur qui fait le service du lac Titicaca passait au large des Îles, il fut hélé par un grand Indien quichua qui se tenait debout dans sa pirogue de totora et, sous son punch, agitait désespérément les bras. Le bateau ralentit sa marche et le capitaine, ayant compris qu’il s’agissait de sauver un blanc, lequel gisait étendu au fond du canot consentit à stopper. C’est ainsi que Raymond Ozoux rentra dans la civilisation.

    Après une fièvre qui l’eût fatalement emporté s’il ne s’était justement trouvé dans le pays où le Monde a appris à la guérir, il se réveilla dans l’honnête lit d’un marchand de laine d’alpaga de Punho, lequel se trouvait à bord du Yavari quand on y avait hissé le pauvre corps frissonnant de Raymond et qui en avait eu pitié. L’Indien avait raconté qu’il avait trouvé la nuit précédente, l’étranger, – quelque touriste sans doute – au milieu des ruines de l’Île sainte, perdu, abandonné et râlant. Il lui avait fait boire de l’eau rose (Note de l’auteur : Eau de quinquina.)et l’avait transporté dans son canot, dans l’espérance de rencontrer le Yavari au petit jour. Ayant dit, l’Indien s’était éloigné sans avoir voulu recevoir aucune récompense. On l’estima bien honnête, car, fouillé, Raymond fut trouvé porteur d’une somme importante et l’on ne comprit guère que le quichua ne l’eût point dépouillé.

    Quand le malade fut en état de comprendre ce qui se disait autour de lui et qu’on lui eut rapporté l’incident de l’Indien, il ne douta point que ce généreux quichua dont on lui avait fait la description fût Huascar lui-même.

    En sa qualité de Grand-Prêtre du Temple de la Mort, Huascar avait dû être ramené par ses devoirs sacerdotaux dans ce lieu maudit, y avait découvert Raymond, les traces de sa besogne sacrilège, et sans doute les cadavres des trois gardiens du Temple sur les degrés de la chapelle de la Lune. La froide colère calculatrice de l’Indien avait alors inventé pour Raymond le pire supplice, celui de le laisser vivre après la mort de Marie-Thérèse…

    Mais ce supplice, le jeune homme était bien décidé à ne le point subir longtemps. L’idée qu’il aurait pu sauver Marie-Thérèse et que celle-ci était morte par sa faute, à cause de son manque de sang-froid, lui était particulièrement insupportable ; et il se rendait compte qu’il ne pourrait jamais se débarrasser de cette idée-là, qu’elle pèserait toujours sur lui, qu’elle parviendrait à l’étouffer et qu’il fallait mieux en finir tout de suite.

    Seulement, il ne voulait point mourir dans ces affreuses montagnes, témoins de tant d’horreurs. L’image de Marie-Thérèse, qui ne le quittait pas, ne ressemblait plus, depuis qu’il avait décidé de l’aller rejoindre, à cette terrible figure de momie vivante apparue au-dessus de la pierre du tombeau… mais à la douce et tranquille et heureuse silhouette qui vaquait à sa besogne commerciale, dans les bureaux de Callao, entre les gros registres verts. C’est là qu’il l’avait revue après une si longue absence, c’est là que, pour la première fois, elle lui avait dit : « On s’aime » et c’est là qu’il irait la retrouver pour mourir.

    La pensée de cette mort-là fit qu’il se porta mieux tout de suite. Après avoir généreusement remercié son hôte, il se jeta dans le premier train qui partait pour la côte, pour Mollendo, d’où il prendrait quelque bateau à destination de Calloa. Le voyage lui parut long ; en passant à Arequipa, il vit de loin la petite maison en adobes et songea aux vaines démarches qu’ils avaient faites auprès de ce bandit de Garcia, et, pour la première fois depuis qu’il était sorti du Temple de la Mort, il se demanda ce que pouvaient être devenus ses compagnons de voyage, son oncle François-Gaspard, le marquis et Natividad.

    Peut-être étaient-ils morts, eux aussi, voués à quelque martyre au fond du couloir de la nuit, dans la Maison du Serpent. Pauvre oncle François-Gaspard qui ne ferait plus de conférences, pauvre Natividad qui ne verrait jamais plus Jenny l’ouvrière ! Mais, s’il en était ainsi, le marquis, au moins, n’avait pas enduré la torture d’assister impuissant au supplice de ses deux enfants.

    À Mollendo, Raymond s’en fut tout de suite, malgré un temps de tempête, sur le débarcadère, où il trouva, errantes sur la plage, deux ombres. Cependant, comme celles-ci accouraient avec force démonstrations, il dut bientôt constater qu’elles étaient vivantes : l’oncle François-Gaspard !… Natividad !

    Bien que leur mine fût des plus tristes, ils ne paraissaient pas avoir trop souffert. Raymond leur serra la main sans même s’enquérir de ce qui leur était arrivé. Quant aux deux autres, ils voyaient le jeune homme si pâle et si défait qu’ils n’osèrent pas lui poser une seule question relative à Marie-Thérèse et au petit Christobal.

    Ils marchèrent tous trois quelque temps, en silence, plongés dans leurs pensées néfastes. Enfin l’oncle Ozoux demanda à son neveu : « Et le marquis, tu ne sais pas ce qu’il est devenu ?

    – Je le croyais avec vous, répondit Raymond de sa voix déjà détachée de toutes les choses de ce monde. »


    La suite au prochain épisode!

  • Gaston Leroux, L'Epouse du Soleil (44épisode)

    Le Blog Les Peuples du Soleil vous propose aujourd’hui le quarantième-quatrième épisode du grand roman de Gaston Leroux L’Epouse du Soleil.

    LE DÉSESPOIR DE RAYMOND

    Et Raymond, lui, retrouvera-t-il Marie-Thérèse ?… Encore une tombe ouverte… et encore une morte !… Ô mystère des dieux ! Mystère du Temple de la Mort qui ne rend que ses morts et qui ici garde la jeune épouse vivante !… Chancelant, criant, pleurant, enfonçant les ongles dans sa chair, se déchirant, prêt à s’offrir lui-même, pantelante victime, au dieu féroce à qui il faut de la chair et du sang, Raymond, titubant, tombant, se relevant, traînant derrière lui sa pioche inutile qui ne sait plus où frapper… essaie encore de comprendre, de se rendre compte… Son regard insensé fait le tour de ce temple circulaire où tous les ornements se répètent, où il est presque impossible de trouver un point de repère… Alors, il ne sait plus… il va au hasard… Cela vaut peut-être mieux !… Le hasard lui donnera peut-être ce que le raisonnement lui a refusé, lui livrera cette tombe où parmi les quatre-vingt-dix neuf mortes, a été enfouie la vivante. Et il frappe !… Mais combien lourdement maintenant… oh ! combien lourdement !… Ah ! que la pioche est lourde entre ses mains tremblantes !… Il n’en peut plus !… Il ne peut plus !… Elle lui échappe… Et, lui, reste là, les bras ballants, les yeux hagards… regardant les yeux des mortes qui le fixent au milieu des débris de sa besogne sacrilège… Il y a combien d’heures qu’il travaille ? Les rayons obliques du soleil ont remonté le long des murs, puis ont disparu, et la lumière qui les suit s’est retirée à son tour. Et l’ombre est venue. Et la nuit… Sur les marches de l’autel où il s’est traîné, il est étendu, enveloppé par la nuit, qui jette sur son agonie des voiles aussi noirs que ceux des mammaconas et il ferme les yeux pour dormir ou pour mourir. Puisque Marie-Thérèse est morte !…

    La suite au prochain épisode!

  • Gaston Leroux, L'Epouse du Soleil (43épisode)

    Le Blog Les Peuples du Soleil vous propose aujourd’hui le quarantième-troisième épisode du grand roman de Gaston Leroux L’Epouse du Soleil.

    TOUTES LES TOMBES SE RESSEMBLENT !

    Et maintenant, est-ce la tombe de droite ?… Est-ce celle de gauche ?… Ah ! toutes ces affreuses pierres se ressemblent ! Toutes ces tombes qui font le tour du temple sont pareilles !…

    Cependant il ne peut y avoir une erreur nouvelle. Puisque ce n’est pas cette tombe qu’il vient d’ouvrir qui renferme Marie-Thérèse, c’est certainement celle qui se trouve à droite. Ceci est bien déterminé par l’angle de l’autel sur lequel son regard glissait du haut de la niche pour arriver au trou dans lequel on avait enfoui Marie-Thérèse. C’est sûr !… c’est sûr !… Et il s’attaqua fermement à la tombe de droite. Il recommença le même effort brutal. Il frappe ! Il frappe !… et Orellana derrière lui ! Orellana qui est plus fou que jamais depuis qu’il n’a pas reconnu sa fille, lui crie à chaque coup : Han !… Han !… Han !… comme s’il donnait le coup lui-même… Enfin, la pierre tourne… Elle vient… elle glisse dans leurs bras !… Voici le trou… Marie-Thérèse !… C’est moi, Raymond !… Réponds-moi… Et il se penche sur cette tête immobile de morte ! Ce n’est pas Marie-Thérèse ! Ce n’est pas Marie-Thérèse !…

    Ah ! Dieu du ciel !… Raymond tombe épuisé et désespéré sur les dalles. Et il pousse un sanglot terrible où il a mis toute sa rage, et toute son impuissance, et toute sa révolte contre le destin… Mais déjà, de nouveau, il est debout, il est à l’ouvrage, c’est Orellana qui lui a donné l’exemple. Car déjà Orellana frappe, frappe !… Puisque ce n’est point la tombe de droite, c’est celle de gauche !… Et Raymond arrache encore la pioche des mains débiles du vieillard et il frappe furieusement le granit !… Ah ! que de temps passé déjà, que de minutes perdues… pendant qu’elle étouffe, elle, victime de leur erreur !… Frappe, Raymond !… frappe !… frappe encore !… la pierre cède sous tes coups !… Et tu vas enfin la voir, ta tragique fiancée… Tu vas la sauver… tu vas enfin la reconnaître !…

    Han ! Han ! Tire la pierre à toi… encore un effort !… là !… elle est à toi, la pierre !… jette-la sur le parvis !… Regarde !… Hélas ! malheureux !… Tu ne la reconnais pas !… Ce n’est pas Marie-Thérèse !… Ce n’est pas elle !… c’est encore… c’est toujours une morte !…

    Mais, pendant que tu jettes pour la troisième fois ton cri d’infernal désespoir et que tu te heurtes le front contre les murs et que tu appelles la mort pour te délivrer de cet atroce supplice, Orellana, lui, a poussé une clameur d’allégresse et de triomphe : « Ma fille ! Ma fille ! Ma Maria-Christina !… Me voilà !… c’est moi !… C’est ton père qui vient te délivrer !… » Le fou a reconnu son enfant… C’est elle, c’est bien elle, celle qui lui a été ravie il y a dix ans et qu’il cherche depuis dix ans au fond des couloirs de la nuit et dans tous les Temples de la Mort ! « Maria-Christina ! attends ! attends !… mon enfant !… Encore une pierre ! encore une pierre !… Et je te sors de ta prison !… Mon enfant ! mon enfant ! » Il pleure, il sanglote de joie, il étouffe de joie. Ses bras insensés ont repris la pioche et frappé le granit.

    Mais voilà que Raymond est sur lui : « Tu perds ton temps à délivrer une morte et il y a une vivante dans ces tombes ! » Une lutte terrible s’engage entre le vieillard et Raymond pour la possession de l’outil qui reste fatalement dans les mains du jeune homme. Alors, tandis que Raymond recommence d’ébranler avec rage ces murs funèbres, le vieillard, pour le dernier effort de sa vie, parvient à tirer à lui la seconde pierre et à sortir de sa tombe le squelette enveloppé de bandelettes de sa fille chérie, de sa Maria-Christina qu’il serre dans ses bras, qu’il étreint, qu’il couvre de baisers, avec lequel il roule sur les dalles du temple, et sur lequel, après un heureux soupir, il s’endort pour toujours.

    Orellana est mort, mais il a retrouvé sa fille.

     

    La suite au prochain épisode!