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gaston leroux

  • De l'emprunt et du plagiat de Jules Verne à Michel Houellebecq

    On a beaucoup glosé sur les emprunts de Michel Houellebecq à Wikipédia, oubliant le contenu même du roman La Carte et le territoire, se contentant de parler de plagiat.

    La pratique de l'emprunt n'est pourtant pas neuve. Je me limiterai à deux exemple, un du XIXe et un du Xxe siècle avec Jules Verne et Gaston Leroux.

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  • Gaston Leroux, L'Epouse du Soleil (50ème )

    Le Blog Les Peuples du Soleil vous propose aujourd’hui le cinquantième et dernier épisode du grand roman de Gaston Leroux L’Epouse du Soleil.

    ÉPILOGUE

    Il faut à cette histoire un épilogue, à cause que nous n’avons pas eu l’occasion de reparler, dans le dernier chapitre, d’Oviedo Huaynac Runtu, ex-commis à la banque franco-belge de Lima, dernier roi des Incas.

    Après mille aventures mystérieuses dans les Andes, que nous raconterons peut-être un jour et où la police du bon Natividad le traqua, lui et tous les Indiens qui avaient soutenu la révolte de Garcia, Oviedo Runtu demanda à traiter.

    Il eut la vie sauve, à condition qu’il incitât les derniers rebelles à faire leur soumission. Condamné par un tribunal militaire à l’exil perpétuel, l’astuce de Natividad lui valut la grâce et ce fut encore l’ancien commissaire de Callao qui lui procura une place à Punho, dans une succursale de la banque franco-belge.

    Là, Natividad put surveiller tous ses gestes à loisir et constater qu’il ne faisait plus rien pour ressusciter le merveilleux Raymi. Oviedo Runtu mourut fort bourgeoisement après avoir épousé une dame de Lima qui avait fait le voyage du lac Titicaca pour voir le dernier roi des Incas. Ils se marièrent et les voyageurs qui passaient par Punho et auxquels on montrait le couple royal souriaient quand on leur disait que le roi gagnait, derrière le grillage de son administration, cent cinquante soles par mois.

    Un jour que l’on s’amusait du petit train de maison de la veuve du roi, que l’on nommait par dérision la Coya, celle-ci raconta que, s’ils avaient voulu, ils auraient été les époux les plus riches de la terre, mais les trésors des Incas, disait-elle, appartiennent aux morts et aux dieux et il est défendu d’y toucher. Alors on lui demanda si elle les avait vus, ces trésors.

    Elle répondit que son mari les lui avait montrés et elle raconta des histoires fabuleuses sur les richesses du Temple de la Mort que personne, naturellement, ne crut (voir note de bas de page : 1).

    Ainsi personne ne croyait les soldats de Pizarre quand ils racontaient qu’au Pérou ils ferraient leur cavalerie avec des fers d’argent !

     

     

    (1) L’auteur anonyme des Antiy y monumentos del Peru, M. S., nous dit textuellement :

    « C’est une assertion très avérée et généralement admise qu’il existe une salle secrète dans la forteresse de Cuzco où se trouve caché un immense trésor, composé des statues en or de tous les Incas. Une dame qui a visité cette salle, Dona Maria de Esquivel, femme du dernier Inca, vit encore, et je l’ai entendue raconter comment elle y fut conduite.

    « Don Carlos, mari de cette dame, ne vivait pas convenablement à son rang. Dona Maria lui faisait quelquefois des reproches, déclarant qu’elle avait été trompée en épousant un pauvre Indien sous le titre pompeux de seigneur ou d’Inca. Elle le disait si souvent que Don Carlos s’écria une nuit : « Madame, voulez-vous savoir si je suis riche ou pauvre ? Vous verrez qu’aucun seigneur et aucun roi du monde ne possède un plus grand trésor que moi. » Lui couvrant alors les yeux d’un mouchoir, il la fit tourner deux ou trois fois, et, la prenant par la main, il la conduisit à une petite distance avant de retirer le bandeau.

    « En ouvrant les yeux, quelle fut sa surprise ! Elle avait fait à peu près deux cents pas, et descendu un étage assez court et elle se trouvait dans une grande salle quadrangulaire où elle vit, rangées sur des bancs autour du mur, les statues des Incas, chacune de la taille d’un enfant de douze ans, toutes en or massif !

    « Elle vit aussi beaucoup de vases d’or et d’argent. En effet, dit-elle, c’était un des plus magnifiques trésors du monde entier ! »

    FIN

     

  • Gaston Leroux, L'Epouse du Soleil, Bilan

    Depuis le début du mois d'août et jusqu'à aujourd'hui, Les Peuples du Soleil ont publié le roman de Gaston Leroux L'Epouse du Soleil en feuilleton. 50 épisodes, deux mois et demi, plus de 80.000 mots et 480.000 signes, des commentaires et aujourd'hui un bilan.

    L'ebook et moi:

    M'intéressant à la littérature populaire, le format feuilleton est quelque chose que je rencontre dans de nombreuses publications anciennes. Perversité ou que sais-je encore: j'aime assez cela. Le découpage d'un roman dans ce format est intéressant. Je ne sais pas si les blogs seront un jour les remplaçants des journaux (à la vérité je ne crois pas que les formats papier seront totalement supplantés par des formats numériques) mais je suis certain que les livres numériques ne remplaceront jamais les livres, les vrais avec des pages, une odeur,... et surtout sans problème de multiples formats de données qui font qu'un ebook peut se révéler complètement illisible sans compter l'obsolescence des matériels qui arrive très rapidement dans le monde technologique. Peut-être ne suis-je qu'un réac. Mais je ne le crois pas: les deux supports sont complémentaires. Si je trouve une utilité à l'ebook c'est en tant qu'outil de travail (rechercher une référence aisément, consulter une encyclopédie ou un dictionnaire) mais pas comme moyen de plaisir et d'évasion. Le papier c'est aussi la liberté: ceux qui contrôlent les diffusions numériques contrôlent les contenus. Il y a peu à l'aide d'un verrou, un site a eu la "bonne" idée de rendre illisible 1984 de George Orwell (le symbole est particulièrement parlant). L'impression papier est quant à elle pratiquement à la portée de tous.

    Pourquoi avoir publié ce feuilleton?

    Il s’agissait de tenter une expérience. Les retours par commentaires ont plutôt été bons. On ne peut pas en dire de même en terme d’audience mais ce n’était pas le but. Je remercie tous les fidèles lecteurs de ce feuilleton. Il n'est pas dans les habitudes de la blogosphère de publier de si longs feuilletons. En parlant de Wikio, d'actualité (littéraire ou non) ou de blogosphère, les scores auraient été bien meilleurs. Ce n'est pas grave, on n'est pas sur TF1 et il n'y a pas de directeur à remercier. J'espère avoir fait découvrir une oeuvre à des lecteurs, c'est le plus important.


    Demain sera publié le dernier épisode (l'épilogue) de L’Epouse du Soleil

    Qu'on se le dise: ce n'est pas le premier feuilleton et ce ne sera pas le dernier.

    Vous pouvez relire les feuilletons Le Peuple Hors du temps! ou Les Derniers Aztèques.

  • Gaston Leroux, L'Epouse du Soleil (49ème épisode)

    Le Blog Les Peuples du Soleil vous propose aujourd’hui le quarantième-neuvième épisode du grand roman de Gaston Leroux L’Epouse du Soleil. Il comporte en fait deux épisodes car le cinquantième eut été fort court.Demain sera mis en ligne le dernier épisode de ce grand feuilleton dont la publication a commencé le 6 août dernier.


    IMAGINONS QUE NOUS AVONS RÊVÉ

    Et maintenant ils riaient, ils pleuraient de surprise et de bonheur, et tout ce monde s’embrassait. En vain, les deux vénérables dames voulurent-elles entraîner Marie-Thérèse et la soustraire à toutes ces démonstrations, Marie-Thérèse leur fit comprendre que la joie générale était encore le meilleur médicament contre de si affreux souvenirs. « C’est un mauvais rêve ! fit-elle… imaginons-nous que nous avons fait un mauvais rêve !… »

    – Oui ! il nous faut imaginer cela, appuya le marquis. J’ai vu Veintemilla et je lui ai tout raconté ; il nous prie de nous imaginer que nous avons fait un mauvais rêve ! Il nous le demande patriotiquement. En revanche, il a promis de nous aider dans la liquidation de notre entreprise de guano et dans la vente de nos concessions. Le mariage de Marie-Thérèse et de Raymond aura lieu en France, si personne n’y voit d’inconvénient ; nous ne reviendrons que plus tard essayer le siphon de l’ingénieur Ozoux dans les mines antiques du Cuzco, quand nous serons à peu près sûrs que ceux qui tenteront de les fréquenter ne risqueront plus défaire d’aussi mauvais rêves !

    – Ah ! si on m’écoutait, je vous prie de croire que l’on verrait bientôt clair dans les couloirs de la nuit ! s’exclama Natividad… mais non, c’est toujours le même système… on ne veut rien voir, on se bouche les yeux !… même après une aventure aussi effroyable où nous avons failli tous laisser notre peau. Veintemilla, qui devrait mater une bonne fois les Indiens, Veintemilla vous demande de croire que vous avez fait un mauvais rêve !…

    Et le pauvre Natividad leva vers le plafond des bras désenchantés.

    – Monsieur Natividad, vous êtes un mauvais esprit, déclara le marquis. J’ai, du reste, une triste nouvelle à vous annoncer. Vous n’êtes plus Inspector superior de Callao ! Vous êtes dégommé, mon cher Monsieur Natividad !

    Natividad se laissa tomber sur une chaise, la bouche ouverte, ne trouvant pas un mot pour qualifier la joie avec laquelle un homme pour lequel il avait tout risqué lui annonçait son malheur.

    Il était si comique ainsi que tout le monde éclata de rire. Il se leva alors, furieux, et se dirigea vers la porte à grands pas. Il suffoquait d’indignation. Ça lui apprendrait à quitter, pendant des semaines, Jenny l’ouvrière !

    – Pas si vite ! lui cria le marquis ; pas si vite, mon cher Monsieur Natividad ! Si j’ai une triste nouvelle à vous annoncer, j’en ai également une excellente. Vous êtes nommé Inspector superior de Lima !

    Natividad retomba sur une chaise, mais cette fois éperdu de joie.

    – C’est un rêve ! gémit le brave homme.

    Et, cette fois, il ne savait comment remercier le marquis grâce auquel se trouvait réalisé le plus beau rêve de sa vie.

    – Mais enfin ! finit-il par s’écrier… j’aurais pu être mort !…

    – Oh ! répliqua en souriant le marquis, la nomination que m’a remise le président de la République n’est valable, évidemment, que dans le cas où vous seriez vivant !… Allons, puisqu’ils ne vous ont pas mangé, vous allez pouvoir les surveiller, vos Indiens !…

    – Chut ! fit Natividad en qui renaissaient les qualités prudentes du magistrat. Qu’on n’en sache rien !…

    La voix de François-Gaspard se fit entendre :

    – Nous allons rentrer en France, mon cher marquis. Est-ce que je pourrai parler dans… mes… conférences ?…

    – Vous raconterez que vous avez fait un rêve, mon cher académicien, pendant lequel vous sont apparues toutes les splendeurs et toutes les horreurs des cérémonies du vieux Pérou.

    – Et nous ? croirons-nous jamais que nous avons fait un rêve ? demanda tout bas Raymond à Marie-Thérèse en fixant tristement ce pauvre visage qui attestait, lui, que la réalité était encore bien proche.

    – Quand les couleurs nous seront revenues… lui répondit Marie-Thérèse qui contemplait, le cœur serré, la pâle figure de son fiancé… Tout de même, continua-t-elle, quand je me retrouve ici, dans ces bureaux, en train de prendre le thé, à côté de ma bonne tante et de la vieille Irène, de me faire gâter par vous tous, quand je revois ces bons registres verts sur lesquels je me suis tant pliée pour aligner des chiffres, et ce copie-de-lettres qui attend encore la réponse au correspondant d’Anvers, tu sais, mon Raymond : « Pour ce prix-là, vous n’aurez que du guano phosphaté à quatre pour cent d’azote, et encore ! »… oui, quand je vois ce cadre domestique, où joue mon petit Christobal, quand je nous revois tous vivants après le Temple de la Mort, je ne puis m’empêcher, par moments, de me dire : « N’ai-je pas rêvé ?… »

    TRAGIQUE RÉALITÉ

    À ce moment, Natividad prenait congé du marquis et ouvrait la porte du bureau. Il recula soudain avec une exclamation étouffée.

    Un corps soutenu par la porte venait de s’allonger sur le carreau du magasin. Et ce corps était le cadavre d’un Indien. Marie-Thérèse, qui le reconnut la première, tomba à genoux : « Non ! Non ! Raymond, s’écria-t-elle, nous n’avons pas fait un rêve !… »

    Et elle pleura sur Huascar qui s’était traîné jusqu’à ce seuil d’où elle l’avait chassé et qui mourait, un couteau dans le cœur.

    La fin de notre feuilleton sera publié demain!

  • Gaston Leroux, L'Epouse du Soleil (48ème épisode)

    Le Blog Les Peuples du Soleil vous propose aujourd’hui le quarantième-huitième épisode du grand roman de Gaston Leroux L’Epouse du Soleil.


    UN SERMENT QUI NE COMPTE PLUS

    Enfin, il poussa une porte, et deux cris joyeux retentirent. J’étais en face de papa et de Christobal qui me prirent des bras de Huascar et me couvrirent de baisers. L’Indien dit : « Je vous avais promis de vous rendre votre fille et votre fils, senior ! les voici ! Vous ne courez plus maintenant aucun danger ! Un Inca ne manque jamais à sa parole ! »

    Sur quoi, il salua, et nous ne l’avons plus revu !… J’ai voulu te dire tout cela, Raymond, pour que, si par hasard tu rencontrais jamais cet homme, tu saches ce que nous lui devons !…

    À ces derniers mots, le jeune homme tressaillit et serra nerveusement la main de Marie-Thérèse.

    – Oh ! Marie-Thérèse, fit-il, la voix tremblante, je sais ce que je lui dois. Il t’a sauvée, il m’a sauvé… et moi je lui ai juré que, s’il te sauvait, tu ne serais jamais ma femme.

    – Mon Raymond !… Mon Raymond ! je sais cela !… Il a dit cela à papa… n’est-ce pas, papa, qu’il t’a dit cela ?… Oh ! papa te le dirai pourquoi trembles-tu ?… c’est un enfantillage…

    – Tu n’as peut-être été sauvée qu’à cause de ce serment-là, fit Raymond, lugubre…

    – Malgré ce serment-là, voulez-vous dire, interrompit le marquis. Huascar l’a considéré comme une insulte. Lorsque dans l’Île où j’avais été amené prisonnier à la suite du cortège qui emportait Marie-Thérèse, je me trouvai seul, un soir, face à face avec l’homme que j’accusais de nous avoir trahis et d’être la cause de tous nos malheurs, je voulus lui cracher toute ma haine et mon mépris, mais il ne m’en laissa pas le temps. Il arrêta mes premières invectives pour me faire conduire et garder dans une grotte près du rivage, où il me rejoignit bientôt et où je m’attendais à être sa victime. Là, il m’apprit froidement qu’il n’avait jamais cessé de travailler à nous sauver de nous-mêmes et de nos imprudences, et que tout était préparé pour notre fuite, que bientôt il m’amènerait mes enfants et que je n’aurais la nuit suivante qu’à me jeter avec eux dans sa pirogue et qu’à m’en remettre de notre salut aux deux Indiens qu’il m’avait donnés pour gardes et qui lui étaient dévoués jusqu’à la mort.

    Son ton était si solennel que je ne mis point sa parole en doute. Rien ne le forçait plus à me mentir, puisque nous étions ses prisonniers. Je lui tendis la main, mais il ne la prit pas. C’est alors qu’il me parla du singulier serment que vous lui aviez fait, un soir, à Arequipa : « Je ne connais point ce jeune homme, me dit-il, j’ignore pourquoi il m’a proposé un pareil marché. La señorita sera libre comme son cœur et je ne suis point le marchand de son cœur. Il ne m’appartient ni de le prendre, ni de le donner, ni de le retenir. Il faut que ce jeune homme sache cela, à qui je n’ai jamais fait de mal et qui m’a insulté. Je lui pardonne. » Il s’apprêtait à partir, je voulus encore le remercier, dans la certitude où sa parole m’avait mise qu’il tenterait tout pour notre salut : « Remerciez celle qui est au ciel et qui fut la señora de la Torre, señor, et ne remerciez point Huascar qui ne vous demande qu’une chose, en échange du service qu’il a pu vous rendre, c’est de n’en parler jamais. Il ne faut point que la mémoire du grand-prêtre de l’Inca soit déshonorée. » Ainsi a parlé Huascar. Vous pourrez épouser Marie-Thérèse, Raymond !… »

    Sur ces entrefaites survinrent l’oncle Ozoux et Natividad ! Ils avaient appris en route que le marquis était de retour à Lima, qu’on l’avait vu ce jour-là à Callao, et qu’il y avait ramené, ils ne savaient par quel miracle, Marie-Thérèse et le petit Christobal, et ils accouraient comme des fous !

    La suite au prochain épisode!

  • Gaston Leroux, L'Epouse du Soleil (46ème épisode)

    Le Blog Les Peuples du Soleil vous propose aujourd’hui le quarantième-sixième épisode du grand roman de Gaston Leroux L’Epouse du Soleil.


    BIENHEUREUSE APPARITION

    Ce fut alors seulement que Natividad expliqua, sans que personne ne lui demandât, qu’après la funeste tentative de la Maison du Serpent ils avaient été jetés tous deux, M. Ozoux et lui, au fond d’un cachot où ils étaient restés quatre jours et dans lequel l’illustre membre de l’Institut avait pu se rendre un compte exact de la réalité de son aventure. Au bout de ces quatre jours, ils avaient trouvé la porte de leur prison ouverte et s’étaient sauvés sans avoir même eu le temps de demander des nouvelles du marquis. À ce moment, en effet, tous les Indiens abandonnaient précipitamment le Cuzco et s’enfuyaient dans la montagne. Ignorant à quelle catastrophe nouvelle ils avaient affaire, Natividad et François-Gaspard avaient couru vers Sicuani, où ils prenaient le train, et c’était justement cette catastrophe qui les avait sauvés. Veintemilla venait de surprendre et de battre « à plate couture » les troupes de Garcia, indisciplinées et abruties par les fêtes de l’Interaymi. Des milliers de quichuas, soldats et civils, avaient été balayés du Cuzco en quelques heures par les quatre escadrons d’escorte qui étaient restés fidèles au président de la République et à la tête desquels celui-ci avait chargé pour tenter, par un effort suprême, de ramener la fortune. Ces cinq cents hommes, de sang espagnol, avaient vaincu les Incas comme jadis Pizarre, dans ces mêmes plaines de Xauxa et sous ces mêmes murs qui continuaient d’assister, avec l’impassibilité des choses immortelles, à la lutte des races.

    Garcia avait dû s’enfuir en Bolivie. Il allait se faire sauter la cervelle quand la nouvelle d’une révolution au Paraguay lui redonna le goût de la vie et il passa la frontière du Paraguay avec tout son ministère péruvien, à la grande joie du président de la République en Bolivie.

    Partis de Sicuani, Natividad et Ozoux ne s’étaient arrêtés qu’à Mollendo, et ils comptaient bien y rencontrer le marquis, si le nouveau destin de la République lui avait également ouvert les portes de sa prison. En ce qui concernait Raymond, qui avait pu s’enfuir, ils n’espéraient plus le revoir qu’à Lima « après qu’il aurait tout tenté pour sauver Marie-Thérèse ! »

    C’était la première fois qu’ils prononçaient son nom depuis qu’ils avaient retrouvé le jeune homme. Celui-ci vit qu’ils le regardaient avec une angoisse réelle. Une touchante douleur était peinte sur le visage de François-Gaspard : « Mon oncle ! elle est morte ! » Et il se jeta dans ses bras. François-Gaspard pleura et embrassa son neveu avec une grande, une véritable tendresse. Raymond s’arracha de son étreinte, tout secoué de sanglots, et ils le laissèrent s’éloigner le long de la plage où le flot retentissant les retenait prisonniers depuis plus de dix jours. Le Pacifique les trahissait à son tour et s’opposait à leur embarquement.

    « Pauvre Raymond ! Pauvre Marie-Thérèse !… Pauvre petit Christobal ! » gémissait François-Gaspard. Il avait fallu de pareils malheurs pour que le bon cœur de l’oncle Ozoux se montrât dans toute sa nudité, jadis trop habillée de froide et mauvaise littérature officielle. Il se reprochait amèrement d’avoir affiché, au commencement de l’expédition et jusqu’au Cuzco, une attitude indifférente qui avait justement outré ses compagnons, mais pouvait-il se douter ?… Une pareille chose !… Cette pauvre jeune fille… ce pauvre petit garçon !… Mais c’était affreux !… Qui est-ce qui aurait pu croire ça ?… En France, on ne le croirait jamais ! jamais !… il aurait beau le raconter dans des conférences, avec projections et preuves à l’appui… non, on ne le croirait pas. C’était terrible ! Il pleurait et Natividad aussi pleurait. « Cette fois, disait celui-ci, il faudra bien que Veintemilla m’entende. Il nous vengera ; que dis-je ? Il nous a déjà vengés par ses victoires. Le Pérou lui doit tout. C’est un grand homme. Garcia nous aurait fait retomber dans la barbarie ! Il l’a bien prouvé dans toute cette affaire et nous avons failli être ses victimes ! »

    Huit jours encore se passèrent. Tant qu’on ne put prendre le bateau pour Callao, Ozoux et Natividad surveillèrent le désespoir de Raymond, mais celui-ci avait un calme qui les trompa et, quand ils furent à bord, Natividad et Ozoux se permirent de le questionner sur les événements terribles auxquels il avait assisté. Il leur raconta tout ce qu’il avait vu dans le Temple de la Mort et l’agonie de Marie-Thérèse. Cette narration, faite d’une voix simple et singulièrement paisible, fut écoutée avec horreur par Natividad et François-Gaspard qui s’enfuirent aussitôt dans leur cabine où ils s’enfermèrent pour pleurer, sans être dérangés, sur le cahier de notes qui allaient fixer un si étrange récit.

    Raymond, appuyé au bastingage, regardait maintenant venir à lui cette côte qu’il avait récemment abordée avec tant de bonheur et où dans une heure il allait mourir. Ah ! le Pérou de Pizarre et des Incas ! le pays fabuleux de l’or et de la légende ! la terre de sa jeune ambition et de son amour ! Mort son amour ! morte son ambition ! Seule vivait toujours la légende dont il avait ri ! et qui avait tué tout cela ! et qui allait le tuer, lui, après Marie-Thérèse, pour avoir ri, ri de ce que racontaient les deux vénérables vieilles dames tombées d’un tableau de Vélasquez et qui semblaient avoir tant de mal à se relever : la tante Agnès et la duègne Irène qui racontaient de si curieuses histoires autour du bracelet-soleil d’or !…

    Comme la première fois, ce fut lui qui se jeta le premier dans la petite embarcation du batelier criard, mais cette fois il n’eut point besoin de demander où se trouvait la calle de Lima. Et ses yeux ne quittèrent plus cet endroit de la ville où il avait couru si plein d’espoir, où l’avait attendu Marie-Thérèse !…

    Hélas ! aujourd’hui, après avoir abordé, c’est sans hâte qu’il gravit les petites ruelles, qu’il pénètre dans leur labyrinthe, qu’il glisse dans l’ombre des arcades et qu’il atteint enfin l’étroit carrefour d’où l’on aperçoit la véranda !… C’est là qu’il avait entendu sa voix, c’est là qu’il venait la chercher tous les soirs, c’est là qu’un soir il ne l’avait plus trouvée. Jamais plus elle ne reviendra la pauvre Marie-Thérèse… jamais plus elle ne pliera, sous le poids des gros registres verts, sa souple taille où s’enroulait la chaîne d’or qui retient le crayon pour les chiffres… jamais plus il ne l’entendra discuter de sa jolie voix claire le prix et la qualité du guano… jamais plus elle ne se penchera à la fenêtre pour voir s’il arrive… Et Raymond s’avance, et, tout à coup, il s’arrête et chancelle. Sa main se porte à son cœur. Ah ! cette fois, il va mourir ! Tant mieux ! N’est-il pas venu ici pour cela !… Cette apparition, là-bas, à la fenêtre de la véranda, lui fait trop de mal… Il étouffe !… C’est la plus cruelle des hallucinations !… ou bien, c’est peut-être vrai que les ombres, après la mort, viennent errer autour des endroits qui leur furent chers… car il voit, il voit l’ombre de Marie-Thérèse… et ces ombres ont certainement le pouvoir de se montrer à ceux qui les ont aimées !… L’ombre de Marie-Thérèse est à la fenêtre… Dieu ! comme elle est pâle… elle est diaphane… quel visage de tristesse et de mort ont les ombres des morts qui viennent se promener dans la vie… Elle se penche comme autrefois… elle tourne la tête comme autrefois… elle a tous les gestes d’autrefois… mais ce sont des ombres de gestes… Et Raymond ose à peine murmurer : « Marie-Thérèse ! » de peur que toute cette ombre ne s’efface, ou qu’au seul son de sa voix ne s’évanouisse sa bienheureuse hallucination… À pas prudents il s’avance… il glisse avec la précaution d’un enfant qui s’apprête à saisir un papillon et qui a la crainte de le voir s’envoler… et son cœur bat, son cœur bat… son cœur se gonfle… son cœur va éclater… car c’est bien un grand cri vivant qui s’échappe des lèvres de l’ombre !… « Raymond ! » – « Marie-Thérèse ! »…

    Encore une fois ils sont dans les bras l’un de l’autre…

    Il serre la chère ombre et il ne se doute pas qu’elle, comme lui, pourrait croire ne serrer qu’une ombre. Ils ont tant souffert, tous les deux ! tant souffert !… Ils défaillent aux bras l’un de l’autre… Ils tomberaient si on ne les entourait, si on ne les soutenait !… Voilà les bonnes vieilles dames, Agnès et Irène, qui retiennent, en pleurant, Marie-Thérèse sous les bras. Et le marquis, plus vaillant, a couru dans la calle et ramène Raymond à son bras… et tous pleurent, pleurent !… Il n’y a que le petit Christobal qui ne pleure pas, mais qui saute de joie à la porte du bureau, en revoyant son bon ami Raymond, et qui tape d’allégresse dans ses menottes… « Je te l’avais bien dit, Marie-Thérèse, qu’il n’était pas mort !… Tu vas guérir maintenant !… Tu vas guérir ! »

    Et Marie-Thérèse, dans les bras de Raymond, dit :

    – Je savais bien, moi, que, s’il devait revenir, c’est ici qu’il reviendrait !… mais est-ce bien toi ?… est-ce bien toi, mon Raymond ?…

    – Et toi, Marie-Thérèse, est-ce toi que je tiens dans mes bras ?

    – Oh ! Marie-Thérèse a été bien malade, et nous avons cru qu’elle allait mourir, fait le petit Christobal pendant que les deux vieilles sanglotent et que le marquis se mouche, mais on l’a guérie, en lui disant que Raymond n’était pas mort ! Moi je lui disais : « Tu verras ! le bon Huascar l’aura sauvé aussi, c’est sûr !… » Huascar nous a tous sauvés, tous ! Il faudra bien l’aimer quand il reviendra à la maison… Papa le dit bien : sans lui, nous serions tous morts !… Mais maintenant il ne faut plus mourir. »

    La suite au prochain épisode!

  • Gaston Leroux, L'Epouse du Soleil (45ème épisode)

    Le Blog Les Peuples du Soleil vous propose aujourd’hui le quarantième-cinquième épisode du grand roman de Gaston Leroux L’Epouse du Soleil.


    DERNIER CHAPITRE DANS LEQUEL IL EST PROUVÉ QUE LES AMOUREUX NE DOIVENT JAMAIS DÉSESPÉRER DE LA PROVIDENCE

    Un matin que le petit bateau a vapeur qui fait le service du lac Titicaca passait au large des Îles, il fut hélé par un grand Indien quichua qui se tenait debout dans sa pirogue de totora et, sous son punch, agitait désespérément les bras. Le bateau ralentit sa marche et le capitaine, ayant compris qu’il s’agissait de sauver un blanc, lequel gisait étendu au fond du canot consentit à stopper. C’est ainsi que Raymond Ozoux rentra dans la civilisation.

    Après une fièvre qui l’eût fatalement emporté s’il ne s’était justement trouvé dans le pays où le Monde a appris à la guérir, il se réveilla dans l’honnête lit d’un marchand de laine d’alpaga de Punho, lequel se trouvait à bord du Yavari quand on y avait hissé le pauvre corps frissonnant de Raymond et qui en avait eu pitié. L’Indien avait raconté qu’il avait trouvé la nuit précédente, l’étranger, – quelque touriste sans doute – au milieu des ruines de l’Île sainte, perdu, abandonné et râlant. Il lui avait fait boire de l’eau rose (Note de l’auteur : Eau de quinquina.)et l’avait transporté dans son canot, dans l’espérance de rencontrer le Yavari au petit jour. Ayant dit, l’Indien s’était éloigné sans avoir voulu recevoir aucune récompense. On l’estima bien honnête, car, fouillé, Raymond fut trouvé porteur d’une somme importante et l’on ne comprit guère que le quichua ne l’eût point dépouillé.

    Quand le malade fut en état de comprendre ce qui se disait autour de lui et qu’on lui eut rapporté l’incident de l’Indien, il ne douta point que ce généreux quichua dont on lui avait fait la description fût Huascar lui-même.

    En sa qualité de Grand-Prêtre du Temple de la Mort, Huascar avait dû être ramené par ses devoirs sacerdotaux dans ce lieu maudit, y avait découvert Raymond, les traces de sa besogne sacrilège, et sans doute les cadavres des trois gardiens du Temple sur les degrés de la chapelle de la Lune. La froide colère calculatrice de l’Indien avait alors inventé pour Raymond le pire supplice, celui de le laisser vivre après la mort de Marie-Thérèse…

    Mais ce supplice, le jeune homme était bien décidé à ne le point subir longtemps. L’idée qu’il aurait pu sauver Marie-Thérèse et que celle-ci était morte par sa faute, à cause de son manque de sang-froid, lui était particulièrement insupportable ; et il se rendait compte qu’il ne pourrait jamais se débarrasser de cette idée-là, qu’elle pèserait toujours sur lui, qu’elle parviendrait à l’étouffer et qu’il fallait mieux en finir tout de suite.

    Seulement, il ne voulait point mourir dans ces affreuses montagnes, témoins de tant d’horreurs. L’image de Marie-Thérèse, qui ne le quittait pas, ne ressemblait plus, depuis qu’il avait décidé de l’aller rejoindre, à cette terrible figure de momie vivante apparue au-dessus de la pierre du tombeau… mais à la douce et tranquille et heureuse silhouette qui vaquait à sa besogne commerciale, dans les bureaux de Callao, entre les gros registres verts. C’est là qu’il l’avait revue après une si longue absence, c’est là que, pour la première fois, elle lui avait dit : « On s’aime » et c’est là qu’il irait la retrouver pour mourir.

    La pensée de cette mort-là fit qu’il se porta mieux tout de suite. Après avoir généreusement remercié son hôte, il se jeta dans le premier train qui partait pour la côte, pour Mollendo, d’où il prendrait quelque bateau à destination de Calloa. Le voyage lui parut long ; en passant à Arequipa, il vit de loin la petite maison en adobes et songea aux vaines démarches qu’ils avaient faites auprès de ce bandit de Garcia, et, pour la première fois depuis qu’il était sorti du Temple de la Mort, il se demanda ce que pouvaient être devenus ses compagnons de voyage, son oncle François-Gaspard, le marquis et Natividad.

    Peut-être étaient-ils morts, eux aussi, voués à quelque martyre au fond du couloir de la nuit, dans la Maison du Serpent. Pauvre oncle François-Gaspard qui ne ferait plus de conférences, pauvre Natividad qui ne verrait jamais plus Jenny l’ouvrière ! Mais, s’il en était ainsi, le marquis, au moins, n’avait pas enduré la torture d’assister impuissant au supplice de ses deux enfants.

    À Mollendo, Raymond s’en fut tout de suite, malgré un temps de tempête, sur le débarcadère, où il trouva, errantes sur la plage, deux ombres. Cependant, comme celles-ci accouraient avec force démonstrations, il dut bientôt constater qu’elles étaient vivantes : l’oncle François-Gaspard !… Natividad !

    Bien que leur mine fût des plus tristes, ils ne paraissaient pas avoir trop souffert. Raymond leur serra la main sans même s’enquérir de ce qui leur était arrivé. Quant aux deux autres, ils voyaient le jeune homme si pâle et si défait qu’ils n’osèrent pas lui poser une seule question relative à Marie-Thérèse et au petit Christobal.

    Ils marchèrent tous trois quelque temps, en silence, plongés dans leurs pensées néfastes. Enfin l’oncle Ozoux demanda à son neveu : « Et le marquis, tu ne sais pas ce qu’il est devenu ?

    – Je le croyais avec vous, répondit Raymond de sa voix déjà détachée de toutes les choses de ce monde. »


    La suite au prochain épisode!