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polémique

  • De quelques vérités à (r)établir sur George Spad

    Dans un article publié sur le site de la Société des Amis de George Spad, Jean Breuil lance des affirmations qui ne peuvent que faire réagir les chercheurs un peu sérieux. Plutôt que de répondre par un long article, je vais tenter de démêler le vrai du faux paragraphe par paragraphe.

    « Comme René Daumal, Antonin Artaud, Louis Aragon, George Spad eut des démêlés avec le "Pape du surréalisme" André Breton comme plus tard Salavador Dali ou Simon Hantaï. »

    Très franchement comment comparer George Spad, avec ces artistes parfaitement connus ? Le sujet que l’on étudie a toujours tendance à paraître central mais il faut aussi savoir raison garder.

    Que George Spad / Henriette Blanche Perrier ait rencontré André Breton, peut-être mais aucun ouvrage de référence (que ce soit du domaine des études sur le surréalisme ou bien sur la littérature populaire) ne mentionne cette rencontre(*). C’est tout de même assez étrange de souhaiter ensuite rétablir la vérité : sur quelles sources ?

    Dans son ouvrage biographique Recuerdos del surrealismo (réédité par les éditions El Tucan de Virginia en 1997 avec une préface de Lourdès Andrade, p. 118) [...]".

    Le livre sur lequel s’appuie Jean Breuil ne semble pas même exister ( je ne l'ai pas trouvé dans le catalogue bibliographique de la bibliothèque nationale du Mexique), ce qui est pour le moins gênant pour prouver quoi que ce soit. La confusion est habilement entretenue en intégrant une maison d’édition et un préfacier bien réels. Il semble bien que nous soyons là du côté de la pure fantaisie ou bien du fantasme. A trop vouloir prouver... Pourtant nous ne condamnerons pas totalement le passage qui suit :

    Ce n'est pas la fréquentation de la littérature populaire qui gênait Breton - on le sait les surréalistes furent friands du grand roman en trente-deux épisodes Fantômas ou encore des fameux italiques de Gaston Leroux - mais son acceptation d'un contrat (plutôt confortable) avec l'éditeur Louis Querelle pour la rédaction d'un épisode de la série Le Nyctalope de Jean de la Hire.

    [...]

    Pour voir paraître cette aventure du Nyctalope, ce sont pas moins de cinq ans qui s'écoulent après la précédente (La Croisière du Nyctalope, 1936). Jean de la Hire avait intimé l'ordre à Louis Querelle de changer d'illustrateur et à George Spad de réviser sa copie.

    Ici se dessine une piste intéressante. George Spad / Henriette Blanche Perrier a travaillé pour les éditions Louis Querelle à plusieurs reprises, cela est bien établi. Nous avons vu son rôle dans la création de L’Homme Chimérique (nous y reviendrons), sans doute est-ce elle qui rédigea (seule cette fois) Les Pirates du Radium ainsi que d’autres épisodes publiés de manière éparses à la fois dans des périodiques et sous forme de volumes (la bibliographie n’est pas complète) et elle a aussi commis au moins un fascicule contenant une survivance inca (La Vallée sacrée des Incas dont nous avons parlé dans un précédent article) ainsi que d'autres relevant de la littérature sentimentale. Que Jean de la Hire (ou son éditeur) cherchât un nègre littéraire, cela est tout à fait plausible. George Spad / Henriette Blanche Perrier pouvait être une sérieuse candidate.

    Nous voici donc dans la partie la plus intéressante de l’article (et sans doute celle qui repose sur des preuves qui pourraient devenir tangibles).

    L'épisode parut finalement en 1941 sous le titre La Croix du sang aux Editions R. Simon (illustration ci-dessus) sous la seule signature de Jean de la Hire (sans déterminant sur la couverture) […] alors que George Spad avait intitulé le manuscrit Le Nyctalope contre tous les périls (le titre est moranien à souhait, Henri Vernes s'en souviendra comme il donnera comme caractéristique à son célèbre aventurier d'être lui aussi nyctalope). Il est amusant de constater que le volume est précédé d'une étude sur le roman littéraire et le roman populaire par Marcel de Bare qui semble être... Jean de la Hire lui-même. Rendons tout de même justice à La Hire: l'ouvrage a été profondément remanié avant publication, nous sommes plus face à un co-autoriat qu'à un pur travail de nègre littéraire.

    Le procès de Breton porte moins sur le genre littéraire que sur le fond de l'oeuvre: le Nyctalope est un personnage dans lequel Jean de La Hire investit peu à peu un esprit cocardier qui n'est pas du goût des surréalistes. Ils n'avaient peut-être pas tort vu le destin de Jean de la Hire pendant l'Occupation allemande...

    La conclusion revient sur un terrain pour le moins glissant. Les procès de Breton ont été publics, les victimes comme l’accusateur n’hésitant jamais à faire connaître les griefs des uns et des autres. En revanche que le surréalisme condamne un héros de la trempe du Nyctalope, c’est fort probable (et pour les raisons indiquées par Jean Breuil).

    Alors quels furent les rapports entre George Spad / Henriette Blanche Perrieret le mouvement surréaliste ? Sans doute une sorte de compagnonnage (obscur pour le moins) dans le sillage de Renée Dunan (et ici la question du lesbianisme est posée mais s’il devait être avéré, il serait plutôt du côté de l’expérience que du dévouement corps et âme à Lesbos) et le passage fut éphémère (pour ne pas dire fugace), il en reste quelques poèmes (je ne sais pas exactement combien) qui mériteraient peut-être qu’on s’y intéresse pour constater la manière utilisée par George Spad / Henriette Blanche Perrier dans la poésie surréaliste.
    Enfin, quel fut le destin de George Spad / Henriette Blanche Perrier pendant la guerre ? Fut-elle protégée par ses relations avec Jean de La Hire ?

    Ce qui est enthousiasmant avec la littérature populaire, c’est qu’à chaque fois que l’on répond à une question de nombreuses autres surgissent!


    * On nous a tout de même signalé une lettre de George Spad / Henriette Blanche Perrier dans laquelle elle parle d’une lettre à André Breton (vous me suivez ?) mais rien ne prouve que cette dernière lettre fut envoyée.

    PS : Nous reviendrons prochainement sur L’Homme Chimérique, les parts respectives de Renée Dunan et de Henriette Blanche Perrier dans l'inspiration et la rédaction, l’histoire de sa redécouverte, l’intrigue et ses suites.